‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 50 sur 229 · LA MAISON DE HOLSTEIN · texte numérisé non relu

LA MAISON DE HOLSTEIN

« ce sentiment d'indifférence religieuse qui est la maladie a des temps où nous vivons.

« Le mariage ne liant pas seulement ceux qui le con- « tractent, mais aussi leurs familles, les convenances entre a celles-ci doivent être comptées en première ligne, même a dans les mariages des particuliers, à plus forte raison a dans ceux dçs rois ou des princes qui peuvent être « appelés à le devenir. Que la maison de Bourbon s'allie a avec des maisons qui lui soient inférieures, c'est une a nécessité pour elle, puisque l'Europe n'en offre point qui a lui soient égales. Je n'objecterai donc point que la mai- « son de Holstein, quoiqu'occupant les trois trônes du « Nord, est comparativement nouvelle entre les rois. Mais « je dirai que, quand la maison de Bourbon en honore une a autre de son alliance, il vaut mieux que ce soit une mai- « son qui s'en tienne pour honorée, que celle qui préten- « drait à l'égalité, en croyant que la noblesse et l'antiquité « d'origine peuvent être compensées par l'étendue des poser sessions. Des quatre sœurs de la grande-duchesse Anne, a l'une avait épousé un archiduc et les trois autres de petits a princes allemands.

« La Russie, qui n'a pu placer aucune de ses princesses a sur aucun trône, en verra-t-elle une appelée à celui de « France? Une telle perspective serait, j'ose le dire, une « trop grande fortune pour elle, et je n'aimerais point « que M. le duc de Berry se trouvât de la sorte dans « des rapports de parenté fort étroits avec une foule de « princes placés dans les dernières divisions de la sou- « veraineté.

« La Russie, en établissant ses princesses comme elle l'a a fait, a voulu surtout se ménager des prétextes et des a moyens d'intervenir dans les affaires de l'Europe, à a laquelle elle était presque inconnue il y a un siècle. Les a effets de son intervention ont assez fait sentir les dangers « de son influence. Or, combien cette influence ne serait-

a elle pas accrue, si une princesse russe était appelée à « monter sur le trône de France?

« Une alliance de famille n'est pas, je le sais, une alliance « politique, et Tune ne mène pas nécessairement à l'autre. « Le mariage projeté ne ferait sûrement pas que la France « favorisât les vues ambitieuses et les idées révolution- « naires dont l'empereur Alexandre est plein, et qu'il cher- « che à voiler sous le nom spécieux d'idées libérales. Mais « comment empêcher que d'autres puissances n'en prissent « une opinion différente, n'en conçussent de la défiance, a que cela n'affaiblît les liens qu'elles auraient avec nous , « ou ne les détournât d'en former, et que la Russie n'en « tirât parti pour l'accomplissement de ses vues?

« Telles sont, Sire, les objections dont le mariage de « M. le duc de Berry avec la grande-duchesse Anne m'a « paru susceptible. J'ai dû les exposer sans réserve à Votre « Majesté, mais je ne les ai point exagérées. Votre Majesté « jugera dans sa sagesse si elles ont tout le poids qu'elles « me semblent avoir.

« J'ajouterai qu'il me paraîtrait conforme à la grandeur « de la maison de Bourbon, surtout à l'époque où toutes « ses branches, battues par une même tempête, ont été « relevées en même temps, de ne chercher que dans son « sein les moyens de se perpétuer. J'entends parler avec « beaucoup d'éloges d'une jeune princesse de Sicile, fille « du prince royal. Le Portugal, la Toscane, la Saxe en « offrent d'autres, entre lesquelles Votre Majesté pourrait « faire un choix. J'ai l'honneur d'en joindre ici la liste.

« Si l'impossibilité de s'entendre sur le point de la reli- « gion faisait échouer la négociation du mariage avec la « grande-duchesse, ou si Votre Majesté jugeait convenable « d'y renoncer, je la supplierais de vouloir bien ménager « les choses de telle sorte que cette affaire ne fût décidée « sans retour que lorsque nous aurons terminé celles qui c( nous occupent ici ; car, si Tempereur Alexandre nous a

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