LES AVANCES DU CZAR SONT REPOUSSÉES
« montré si peu de bonne volonté, malgré l'espérance d'un « tel établissement pour sa sœur, toute flatteuse que cette « espérance est pour lui, à quoi ne devrions-nous pas nous « attendre de sa part, une fois qu'il l'aurait perdue? d Je suis, etc.
« Signé : Le prince de Talleyrand.
« Vienne, le 25 janvier 1815. »
Jamais courtisan n'a plus abusé delà flatterie, au risque des conséquences les plus désastreuses. Toutes ses assertions, ses prévisions, ses suppositions, présentées avec un art infini, étaient démenties par le passé ou devaient l'être par les événements dans un court délai. Comment M. de Talleyrand pouvait-il écrire à Louis XVIII, au mois de janvier 1815, cette phrase : « Maintenant que la coalition « est dissoute, que la France n'a plus besoin de compter sur « des secours étrangers, que c'est d'elle au contraire que « les autres puissances en attendent ! » Le succès fut complet, il devait l'être; M. de Talleyrand fut autorisé à transmettre à l'empereur Alexandre un refus positif.
Mais la principale afi'aire pour le cabinet de France, celle qui lui importait le plus, n'était point encore formellement tranchée par le parti adopté relativement à la Saxe. Il restait beaucoup à faire pour obtenir l'expulsion du roi Murât. M. de Talleyrand avait fort prudemment séparé la question qui le concernait de celle touchant la Suède; il avait su faire comprendre aux Tuileries qu'il ne fallait pas compromettre le succès de la prétention la plus favorable en la mêlant avec celle qui l'était beaucoup moins. On a vu comment il se flattait d'avoir acquis des droits à la complaisance de l'Autriche, et cependant il ne trouva pas M. de Metternich aussi facile qu'il l'avait supposé ; il lui fallut dès lors employer toute son adresse à s'appuyer de l'assentiment de l'Angleterre. Elle devait bien
un peu d'appui à un souverain qui demandait à se relever des pertes que lui avait seule attirées sa fidélité aux engagements contractés avec elle.
Lord Castlereagh était à cette époque, de tous les ministres siégeant au congrès, celui avec lequel M. de Talleyrand s'entendait le mieux. Il n'avait pas trop repoussé l'idée d'un article de traité à peu près conçu dans les termes suivants : « L'Europe réunie en congrès reconnaît Sa « Majesté Ferdinand IV comme roi de Naples; toutes les « puissances s'engagent mutuellement à n'appuyer ni direc- « tement ni indirectement aucune prétention opposée à ses « droits. Mais les troupes (ceci était un égard pour les en- « gagements pris par l'Autriche et qu'on ne connaissait pas « encore) que les puissances étrangères à l'Italie et alliées « de la susdite Majesté pourront mettre en marche pour le « soutien de sa cause, ne pourront traverser l'Italie. »