‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 53 sur 229 · LA POLITIQUE AUTRICHIENNE EN ITALIE · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE AUTRICHIENNE EN ITALIE

n'était nullement désireuse de voir la maison de Bourbon recouvrer en Italie un établissement aussi important. Elle était déjà parvenue à expulser cette maison de la Toscane, en faisant mettre presque au néant les droits de la reine d'Étrurie, en la réduisant à la petite principauté de Lucques. Elle allait établir à Parme l'archiduchesse Marie- Louise, l'épouse de Napoléon. Il lui aurait donc merveilleusement convenu de laisser à l'extrémité de la Botte une puissance éphémère que le moindre événement pouvait renverser peut-être à son profit. Pour donner une juste idée des difficultés de cette affaire, le mieux doit être d'emprunter les propres paroles de M. de Talleyrand. Voici le récit qu'il faisait, le 15 février, au moment du départ de lord Castlereagh, de tout ce qu'il avait tenté pour la faire réussir et des secours qui lui avaient été prêtés par lord Castlereagh et par le duc de Wellington. Ce récit contient des détails fort piquants et instructifs sur d'autres points, entre autres la rupture formelle des négociations pour le mariage du duc de Berry.

<( J'ai employé, dit M. de Talleyrand, les huit oudixder- « niers jours à échauffer lord Castlereagh sur cette ques-

d'un article additionnel qui avait été signé par le prince de Metternich lui-même, à Chaumont, le 3 mars 1814. La fîère Autriche ne pouvait certainement descendre à plus de complaisance pour acheter le secours d'un soldat couronné. Non seulement elle reconnaissait et garantissait tous ses droits sur ce qu'il possédait mais elle admetlait qu'il en pût prétendre sur la Sicile, puisqu'elle acceptait sa renonciation à ceux-là. Elle lui assurait de plus, lors des arrangements de la paix définitive, l'acquisition d'un territoire contenant quatre cent mille âmes et qui devait être pris sur l'État romain. Enfin elle se résignait même aux condescendances de détail, car elle lui garantissait les biens farnésiens à Home et les biens allodiaux qu'il possédait actuellement dans le royaume de Naples. (hélait l'objet de l'article additionnel de Chaumont. Faut-il dire encore qu'outre les grands intérêts politiques qui entraînèrent alors la détermination de l'Autriche, M. de Metternich se souvint peut-être des rapports qu'il avait eus, pendant son séjour à Paris, avec la reine de Naples, sœur de Napoléon? L'article de Chaumont a presque le caractère d'une galanterie.

« lion, et si je ne l'ai point amené à prendre de lui- « même un parti, ce qu'il ne se croit pas libre de faire, je « l'ai amené à désirer presque aussi vivement que nous « l'expulsion de Murât; et il part avec la résolution de tout « mettre en œuvre pour déterminer son gouvernement à y « concourir. Deux choses l'embarrassent : Tune, de savoir « comment se déclarer contre Murât, sans paraître violer « les promesses qu'on lui a faites (voilà ce que lord Castle- « reagh appelle ne pas compromettre son caractère); l'autre, « de déterminer les moyens d'exécution de manière à assu- « rer le succès, en cas de résistance, sans compromettre « les intérêts ou blesser les préjugés, et sans exciter les « craintes de personne. Il m'a promis que, le troisième jour a après son arrivée à Londres, il expédierait un courrier « porteur de la détermination de sa Cour; et, plein de toutes « nos raisons, il espère qu'elle sera favorable. Ce que je « désire, c'est que, sans entrer dans des discussions qui « toutes affaiblissent l'objet principal, lord Wellington « soit autorisé à déclarer que sa Cour reconnaît Fer- « dinand IV comme roi des Deux-Siciles. C'est dans ce « sens que je supplie Votre Majesté de vouloir bien lui a parler à Paris (1). Dans les derniers temps de son « séjour à Vienne, lord Castlereagh s'est très obligeamment a prêté aux démarches que je l'ai prié de faire. Il a parlé « contre Murât à l'empereur de Russie qu'il a vu avec le « duc de Wellington. Il a dit à l'empereur d'Autriche : « La « Russie est votre ennemie naturelle; la Prusse est dé- « vouée h la Russie. Vous ne pouvez avoir sur le continent « de puissance sur laquelle vous puissiez compter que la « France. Votre intérêt est donc d'être bien avec la maison « de Bourbon, et vous ne pouvez être bien avec elle sans « que Murât soit expulsé. » L'empereur d'Autriche a ré- Ci) Il devait, en retournant à Londres, passer par cette ville, et M. de Talleyrand avait fort prié le Roi de le traiter avec de grandes marques de bienveillance.

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