‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 60 sur 229 · NEY MARCHE AU-DEVANT DE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

NEY MARCHE AU-DEVANT DE NAPOLÉON

prendre part à la révolte ou à s'abstenir de la repousser. C'étaient là d'assez faibles moyens pour combattre une insurrection déjà presque triomphante. D'autres mesures furent également prises qui pouvaient être plus efficaces, s'il était permis de compter sur la fidélité des troupes. Outre les dispositions de défense que Monsieur et le maréchal Macdonald comptaient organiser à Lyon, on s'occupa sans relâche à rassembler des corps d'armée sur les points d'où on supposait qu'il serait plus facile et plus avantageux de les mouvoir. Le plus important de ces corps fut celui qui se forma en Franche-Comté et dont le maréchal Ney, gouverneur de la division, alla prendre le commandement. On l'avait pour cela appelé en grande hâte de sa terre située près de Chartres, et il avait, en traversant Paris, vu le Roi, à qui il avait fait de grandes protestations de fidélité. Il n'y a pas lieu de s'étonner de la confiance que le gouvernement se crut alors fondé à lui accorder, car nul n'avait plus contribué, ainsi que je l'ai raconté, à arracher l'abdication de Fontainebleau ; mais on ne savait pas assez combien cet homme, de fer sur un champ de bataille, était faible quand il fallait prendre une résolution politique, et combien il était facile de le pousser d'une extrémité à l'autre. Beaucoup de personnes ont cru qu'il était du nombre de ceux que les mécontentements de cour avaient aigris ; je n'affirme rien à cet égard, ni relativement à l'influence que sa femme a pu exercer sur lui. Elle avait, je crois l'avoir déjà dit, beaucoup contribué dans le mois d'avril précédent à l'exciter contre Napoléon, et depuis quelque temps, s'il faut en croire les versions les plus accréditées, elle ne cessait de l'entretenir des déplaisirs dont elle était abreuvée chaque fois qu'elle paraissait aux Tuileries. Plus qu'aucune autre elle avait compté sur des préférences auxquelles elle pouvait se croire quelques droits, soit pour l'attachement que sa mère avait constamment montré à la reine Marie- Antoinette, soit pour les services que son mari avait rendus

dans les premiers jours de la Restauration. Ajoutez que sa tante, Mme Campan, femme de chambre, ainsi que sa mère, de la feue reine Marie- Antoinette, avait été assez mal accueillie de la famille royale, qui s'était un peu trop souvenue de ses opinions politiques en 1789, et pas assez peutêtre des services qu'elle s'était efforcée de rendre alors à sa maîtresse. Je ne rapporte ici que des bruits mdheureusement fort répandus, et auxquels on peut opposer les dénégations formellement articulées par des personnes intimement liées avec elle et très en position de savoir la vérité.

Parlerai-je^des efforts qui furent faits pour émouvoir l'opinion publique, des adresses de tous les corps, même celles des régiments, qui arrivèrent de tous côtés? Quand on a traversé les longs jours d'une révolution, quand on a vu les trônes tomber et se relever, dix formes de gouvernement se succéder, on a pu se convaincre que jamais les adresses n'ont manqué, ni la veille d'une chute, ni le lendemain d'un succès; il y aurait par trop de naïveté à y attacher encore une ombre d'importance. Il est cependant des actes et même des paroles que l'histoire doit retenir, parce qu'on y trouve des aveux précieux et l'expression vraie de certaines situations qu'il est bon de constater. On doit ranger dans cette catégorie tout ce qui a été dit et fait dans la Chambre des députés, et spécialement lorsqu'elle a été assemblée en nombre suffisant pour que le Roi pût y paraître. Mais il faut, avant de retracer cette scène, suivre le cours des faits qui l'ont précédée.

Jusqu'au 10, les nouvelles de la marche de Bonaparte ne furent pas très claires, malgré l'activité qui régnait dans les communications télégraphiques. On sut seulement que Monsieur était arrivé à Lyon le 8. Si on avait ajouté foi à quelques relations envoyées par les administrateurs des départements situés entre Lyon et le lieu de débarquement, on aurait pu croire que la troupe qui suivait l'Em-

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