NAPOLÉON A LYON
chai Soult. Les soupçons qui déjà pesaient sur lui prirent alors une consistance qui, pour beaucoup de personnes, équivalait à l'évidence. Il fut remplacé parle duc de Feltre. Bien que celui-ci eût été pendant la durée de l'Empire le ministre le plus dévoué peut-être à Napoléon, il s'était, depuis la Restauration, donné avec une grande loyauté à la maison de Bourbon; le mariage de sa fille avec un neveu de l'abbé de Montesquieu avait sans doute fortement contribué à lui faire embrasser ce parti, et il ne pouvait pas lui donnerune preuve plus éclatante de son dévouement qu'en acceptant le ministère de la guerre dans des circonstances aussi périlleuses.
Le 12, M. le duc d'Orléans arriva à Paris, envoyé par Monsieur, pour annoncer qu'on n'avait pas pu défendre Lyon, qu'il avait fallu l'abandonner à l'ennemi. Il venait prendre les ordres du Roi. « L'opinion, disait le Moniteur « en l'annonçant, ne peut prendre le change sur la marche
, « rapide de l'ennemi. En la précipitant, il s'affaiblit; il ne « présente de forces réelles sur aucun point; rien n'annonce « que les troupes dont il est suivi se soient accrues, et pour « l'arrêter, les nôtres arrivent dans toutes les directions « aux divers points qui leur sont indiqués. «Il aurait mieux valu se taire que de dire des paroles aussi clairement démenties par les faits. Qu'étaient devenues les troupes de Grenoble et de Lyon? Et si elles ne s'étaient pas réunies à Napoléon, comment n'avait-il pas été possible de lui disputer cette dernière ville?
Une proclamation royale annonçait que des mesures étaient prises pour l'arrêter dans sa marche entre Lyon et Paris. Toutes les troupes dont se composait la garnison de Paris et des lieux environnants, y compris l'ancienne garde impériale que le maréchal Oudinot eut ordre d'aller chercher dans ses cantonnements de Lorraine, étaient destinées à former une armée dont le commandement serait confié au duc de Berry et qui devait avec lui se porter en avant.
Le duc d'Angouléme avait quitté Paris avec la duchesse ; ils s'étaient rendus à Bordeaux, où on s'apprêtait à leur faire la plus brillante réception. Il était simple qu'ils voulussent accorder cette satisfaction aux habitants d'une ville qui avait si bien mérité d'eux et qui leur avait voué un véritable attachement. Voilà comment le duc et la duchesse d'Angouléme se sont trouvés à cette époque dans le midi de la France, circonstance qui n'a pas été sans importance, qui a même beaucoup influé sur l'esprit des provinces dont se compose cette partie du royaume.
Le Roi avait, aussitôt après la nouvelle du débarquement, envoyé au duc d'Angouléme l'ordre de se porter de Bordeaux sur Toulouse, puis sur le Rhône, et de se mettre à la tête de toutes les forces disponibles pour agir contre Napoléon. Il ne perdit pas un moment pour obéir à cet ordre, mais l' ex-Empereur avançait si rapidement qu'il n'y avait plus rien à faire quand le duc arriva dans le département du Gard.