CHAPITRE VII
Napoléon à Ljon; son succès est dés lors assuré. — Désarroi du ministère. — Le gouyernement royal n'a plus d'espoir que dans l'armée du maréchal Ney. — Sentiments des populations : le retour de l'Empereur cause presque partout un véritable effroi. — Par ses aveux tardifs le ministère compromet inutilement la dignité royale.
— Exposé de la situation fait par le chancelier à la Chambre des pairs. — Discours de M. Laine à la Chambre des députés. — Le duc de Feltre rend compte des mesures prises contre Bonaparte. — La place de préfet de police est rétablie et confiée à M. de Bourrienne.
— Séance royale à la Chambre des députés ; discours de Louis XVIII ; serment prononcé par les princes du sang. — Allocution de M. Laine.
— M. de La Fayette rentre sur la scène politique. — Le parti de MM. Benjamin Constant et Laine songe à lui pour le ministère.
— Présentation des adresses au Roi. — On tente, par des rapports mensongers, de cacher les progrès de Napoléon. — La garde nationale montre de bonnes dispositions; zèle ardent de la jeunesse des écoles. — M. Fouché échappe aux agents de police chargés de l'arrêter. — A l'annonce de la défection du maréchal Ney et du soulèvement de la garde, le Roi se décide à partir. — Profond abattement de la cour. — M. de Montesquiou considère la cause des Bourbons comme perdue à tout jamais. — Préparatifs du départ. — Ils sont faits avec une telle précipitation que beaucoup de notes et de papiers importants sont oubliés dans les ministères et môme dans le cabinet du Roi. — M. Louis abandonne cinquante millions dans les caisses du Trésor. — Fuite du Roi. — Paris le 20 mars 4845. — Entretien de M. Pasquier avec M. de La Valette. — Dernières mesures prises par le gouvernement de Louis XVIII; ajournement des Chambres.
— M. Cambacérès augure mal de la tentative de Napoléon. — Réapparition de l'agent Veyrat.
Pour qui ne cherchait point à se faire d'illusions, l'occupation de Lyon était un événement à peu de chose près décisif. L'Empereur avait déjà une véritable armée sous ses ordres. Pouvait-on sérieusement penser que les troupes qui allaient se trouver tîn face de lui oseraient lui tenir tête? Des soldats français tireraient-ils les uns sur les
autres? Tous ils s'étaient rencontrés sur les champs de bataille et se regardaient comme frères. Entre eux, la guerre civile semblait donc une monstruosité. Il était certain que Napoléon ne reculerait pas ; comme il exerçait sur ses troupes un ascendant plus puissant que les maréchaux qui marchaient contre lui, il était bien facile de prévoir que les soldats viendraient se ranger sous ses aigles et qu'ils entraîneraient les officiers, si ceux-ci avaient quelque tentation de rester fidèles à la Restauration.
Quant aux chefs mêmes, on pouvait se souvenir de ce qui était arrivé lorsque le maréchal Marmont avait cherché à donner son corps d'armée au gouvernement provisoire; on avait alors envisagé avec effroi la possibilité d'une guerre civile, et le maréchal Ney avait dit à Napoléon : « Nous n'en voulons pas ! » Il avait écrit au gouvernement provisoire : « Puisqu'il n'y a que ce moyen d'éviter la « guerre civile, nous adhérons aux actes du Sénat, nous « reconnaissons la maison de Bourbon. » Aujourd'hui la question allait être retournée, et, outre les germes de mécontentement qui avaient été jetés comme à plaisir dans l'armée contre le gouvernement royal, on serait poussé à la défection par ce puissant motif, qu'elle était le seul moyen d'éviter la division dans la grande famille militaire.
Ce que j'écris aujourd'hui, je le dis alors à plusieurs personnes, entre autres à l'abbé de Montesquiou et à M. de VitroUes, avec lequel, dans cet instant si critique, j'eus des rapports fort suivis. Il demeurait, ainsi que moi, sur la place Vendôme. En sa qualité de secrétaire du conseil des ministres, il était instruit un des premiers de toutes les nouvelles ; j'allais donc les prendre chez lui plusieurs fois par jour. Je lui dois cette justice, que, se faisant moins d'illusions que ceux qui l'entouraient, il était moins abattu qu'eux et plus capable de prendre des résolutions vigoureuses. Il déplorait la faiblesse des conseils que le Roi semblait écouter; il me disait que les ministres étaient