‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 65 sur 229 · DISCOURS DE M. LAINE A LA CHAMBRE · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. LAINE A LA CHAMBRE

a exacte surveillance sur tous les traîtres qui pourraient « tenter de séduire ou de corrompre les troupes, et des a conseils de guerre en feront une prompte justice. Nous « allons veiller avec un soin particulier pour empêcher la « publication et la distribution des pamphlets incendiaires. . . « Aucun des ministres du Roi ne craindra d'ordonner €t sous sa responsabilité tout ce que peut exiger un intérêt « si pressant. »

Le même jour, à la Chambre des députés, M. Laine prononça, comme président, un discours d'ouverture de la session dans lequel, sous couleur de faire Ténumération de toutes les mesures salutaires que préparait le gouvernement royal, au moment où Tinvasion de Bonaparte était venue troubler si cruellement le repos de la France, il articulait indirectement des promesses sur plusieurs des points qui étaient l'objet de quelques méfiances : ainsi, projet de loi sur l'élection des députés , où , sans cesser de regarder la propriété foncière comme la condition principale de la représentation, on admettrait comme représentants nécessaires les députés nommés par les universités et le commerce; règlement pour donner sans danger la plénitude de la liberté de la presse; nouveau tarif des douanes; adoucissement dans la perception des impôts indirects, surtout relativement aux boissons; changements dans le règlement de la Chambre; proposition faite à la dernière session et changée en résolution pour maintenir la Légion d'honneur, en la dotant irrévocablement; enfin, une loi sur la responsabilité des ministres, et, à ce sujet, M. Laine ajoutait : « Ce n'est pas dans les circonstances actuelles que le président doit développer les raisons qui vous la font plus vivement désirer. » Sans être officiel, ce discours avait tout le caractère d'un langage concerté avec le gouvernement.

Le 13, M. l'abbé de Montesquiou fit à la Chambre des députés un exposé de la situation moins malhabile que

celui qui avait été porté à la Chambre des pairs par le chancelier. On y trouvait, avec de grands éloges sur l'esprit qui animait presque tous les départements, une énumération des forces militaires qui étaient mises en mouvement et dans lesquelles on était fondé à placer une confiance qui ne serait certainement pas trompée. « Le « maréchal Ney, était-il dit, réunit ses légions et porte « dans cette cause cette fermeté de caractère et de principes « qui Ta toujours illustré... Le maréchal Oudinot est à la « tète de ces grenadiers de France, de cette illustre vieille « garde si renommée dans toute l'Europe et qui s'est réservé « la gloire d'être le modèle et l'exemple de toutes les « armées. » — A la suite de cet exposé venait un projet de loi pour déclarer que les garnisons de Lille, de la Fère et de Cambrai avaient bien mérité de la patrie. C'étaient elles que les généraux d'Erlon, Lallemand et Desnoéttes avaient entrepris de soulever. La même déclaration était faite en faveur de la garnison d'Antibes qui avait fermé ses portes à Napoléon, puis en faveur du maréchal Mortier et du maréchal Macdonald. Des pensions étaient assurées aux militaires qui seraient blessés et aux familles de ceux qui seraient tués en combattant Napoléon Bonaparte.

Le nouveau ministre de la guerre, duc de Feltre, vint communiquer à la Chambre plusieurs détails relatifs au département dont il était chargé. Il ne dissimula pas qu'on avait échappé comme par miracle au danger qu'avaient fait courir les machinations tramées dans le département du Nord. Il les considérait comme une ramification de celles qui avaient éclaté au Midi. « Un gros de troupes, disait-il, devait se porter sur Noyon et sur Paris et y aurait causé des désordres extrêmes; l'heureuse apparition du maréchal Mortier a fait évanouir ce danger. Toutefois, les troupes, dans cette partie du royaume, ignoraient ce qu'elles faisaient, lors même qu'elles devaient s'emparer de l'important arsenal de la Fère. Bientôt désabusées.

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