‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 66 sur 229 · PROJETS DE LOI ADOPTÉS PAR LA CHAMBRE · texte numérisé non relu

PROJETS DE LOI ADOPTÉS PAR LA CHAMBRE

elles sont rentrées dans la ligne du devoir. Il n'en était pas de même de celles de Lyon et de Grenoble. Leur défection avait été aussi odieuse que complète. Des mesures avaient été prises, au reste, pour déjouer les tentatives audacieuses contre la liberté et la fidélité françaises. Elles s'exécutaient dans ce moment, et on devait espérer qu'elles auraient le succès que la nation avait droit d'attendre des mesures de son gouvernement. » Il fallait que les rapports fussent bien trompeurs, si cette confiance était réelle.

A la fin de la séance, un membre proposa d'ajouter au projet de loi dont il avait été donné lecture, l'article suivant : « La [Chambre des députés déclare que le dépôt de « la Charte constitutionnelle et de la liberté publique est « confié à la fidélité et au courage de l'armée, des gardes « nationales et de tous les citoyens. » La Chambre prit, à l'unanimité, cette proposition en considération. Il en fut de même à l'égard de celle qui avait pour but d'assurer le payement de la pension des militaires membres de la Légion d'honneur. C'était assez donner à comprendre à quel point le gouvernement avait eu tort de ne pas mettre cette dette au rang de ses* engagements les plus sacrés. Il y eut ensuite une séance secrète dans laquelle un autre député, le général Desfourneaux, demanda que le Roi fût prié, conformément à l'article 69 de la Charte, d'accorder à tous les militaires qui étaient en activité de service au 31 août 1814 la totalité de leur solde pendant toute leur vie. Cette proposition fut renvoyée au ministre de la guerre. C'était le procès des demi-soldes. On vota une loi sur la délivrance immédiate des brevets des légionnaires, puis un autre projet sur les récompenses nationales; on voit que les réparations ne se faisaient pas attendre. La place de préfet de police fut rétablie et confiée à M. de Bourrienne; on pensait sans doute qu'il était irréconciliable avec l'Empereur, mais ce choix avait de grands

inconvénients sous d'autres rapports. Je ne pus m'empècher de le faire observer à l'abbé de Montesquiou, qui me répondit : « Que voulez-vous? M. d'André ne peut plus « suffire, et si on vous avait proposé de reprendre ce poste, « vous auriez refusé. »

Le 16 enfin, le Roi parut à la Chambre des députés. La Chambre des pairs avait été invitée à assister en corps à cette séance. Le discours royal produisit beaucoup d'effet; mais c'était véritablement un cri de détresse. Il venait, dit-il aux pairs et aux députés, resserrer les liens qui, en les unissant à lui, faisaient la force de l'État; il venait, en s'adressant à eux, exposer à toute la France ses sentiments et ses vœux. « J'ai revu ma patrie, disait-il, je l'ai récon- « ciliée avec toutes les puissances étrangères qui seront, « n'en doutez pas, fidèles aux traités qui nous ont rendus « à la paix. J'ai travaillé au bonheur de mon peuple; j'ai « recueilli, je recueille tous les jours les marques les plus « touchantes dd son amour. Pourrai-je, à soixante ans, « mieux terminer ma carrière qu'en mourant pour sa « défense? » (Quel téméraire engagement!) « Je ne crains « donc rien pour moi, je ne crains que pour la France. « Celui qui vient allumer parmi nous les torches de la « guerre civile, y apporte aussi le fléau de la guerre étran- « gère; il vient remettre notre patrie sous son joug de fer; « il vient enfin détruire cette Charte, mon plus beau titre « aux yeux de la postérité, cette Charte constitutionnelle c< que je vous ai donnée, que tous les Français chérissent et « que je jure ici de maintenir. » (Pourquoi ce serment était-il devenu nécessaire? on le verra tout à l'heure.) « Rallions-nous donc autour d'elle! qu'elle soit notre éten- « dard sacré ! Les descendants de Henri IV s'y rangeront « les premiers; ils seront suivis de tous les bons Fran- « çais. Enfin, Messieurs, que le concours des deux Cham- « bres donne à l'autorité toute la force qui lui est néces- « saire, et cette guerre vraiment nationale prouvera par

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