‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 67 sur 229 · LA SÉANCE ROYALE · texte numérisé non relu

LA SÉANCE ROYALE

« son heureuse issue ce que peut un grand peuple uni par « l'amour de son Roi et de la loi fondamentale de l'État. »

Ce discours fut suivi des plus vives acclamations. Lorsqu'elles furent un peu calmées, Monsieur s'approchant du Roi, et après l'avoir salué profondément, dit : « Sire, je « sais que je m'écarte ici des règles ordinaires en parlant « devant Votre Majesté, mais je la supplie de m'cxcuser a et de permettre que j'exprime ici en mon nom et au nom « de sa famille, combien nous partageons du fond du cœur « les sentiments et les principes qui animent Votre Mate jesté. » Puis se tournant vers l'assemblée, il ajouta en élevant la main : « Nous jurons sur l'honneur de vivre et « de mourir fidèles à notre Roi et à la Charte constitution- « nelle qui assure le bonheur des Français. » Nouvelles émotions, nouvelles acclamations.

Le serment du Roi n'avait sans doute été prononcé que pour amener celui de Monsieur, ce qui prouve à quel point se trouvait généralement établie Topinion que ce prince était contraire au système constitutionnel et qu'il s'y croyait fort peu lié. Mais quand une telle croyance a malheureusement pris racine, il faut plus que des serments pour la détruire, il faut des actes et une conduite longtemps soutenue. Cette grande et importante scène étant terminée, et le Roi s'étant retiré ainsi que Monsieur, le président, M. Laine, prit aussitôt la parole. Il faut s'arrêter sur son discours, l'un des plus remarquables de l'époque. « Messieurs, dit-il, avant de vous proposer de voter une .« adresse à Sa Majesté, permettez au président de la Chambre a quelques rapides réflexions sur notre état présent. De « même que le Roi attendait que les représentants et les « pairs fussent réunis autour de lui pour faire la déclaration « qui vient de rassurer le peuple français, nous attendions « que la plupart des députés de la France fussent arrivés pour « faire entendre le cri de la nation sur les étranges événe- « ments qui la troublent. Dès les premiers instants, les

« plus rapprochés d'entre nous n'ont rien négligé, dans « les comités, pour préparer les moyens de mettre la a représentation nationale à portée de se prononcer. Ce « n'est pas le moment de rechercher les fautes, de décou- « vrir toutes les causes de cette agitation inattendue. La « France obtiendra bientôt par ses représentants justice et « réparation. » (Il était impossible d'indiquer plus nettement au gouvernement royal les fautes qui avaient amené la catastrophe dont on était menacé.) « Il faut à présent « tourner tous nos efforts contre celui qui vient tenter de « renverser jusqu'à l'espoir de l'homme civilisé. Non, Mes- « sieurs, ce n'est plus de la cour que peuvent venir les « inquiétudes sur la liberté et les droits reconnus. »

Elles étaient donc venues de la cour, ces inquiétudes? M. Laine traçait ensuite un tableau fort sombre de tous les maux que l'invasion de Bonaparte traînerait à sa suite, si elle venait à triompher. « Au contraire, disait-il, dès que la « France en sera délivrée, nous aurons toutes les garanties <c qui assurent à jamais la sage liberté des peuples. Non « seulement le Roi, mais les princes qui sont assis sur les « marches du trône ont fait des promesses solennelles. Ils « n'auront jamais ni la volonté, ni le pouvoir de les violer, « de longs revers leur apprenant que plus les sujets sont « grands, plus le trône est élevé. C'est ainsi que les crises « politiques fondent sur des bases stables des gouverne- « ments protecteurs et conformes aux droits et à la dignité « de l'espèce humaine. »

Ces paroles étaient suivies d'un fort bel éloge du Roi et d'un rapide exposé des événements qui, après l'avoir tenu si longtemps exilé sur la terre étrangère, l'avaient enfin rendu à la France pour qu'il y amenât avec lui la paix, le bonheur et la liberté. En regard de ce portrait était tracé celui de l'homme qui venait tout ébranler de nouveau.

Pour conjurer tant de périls, les hommes de tous les partis devaient s'unir et oublier leurs ressentiments et ne

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