M. DE LA FAYETTE RENTRE EN SCÈNE
se ressouvenir que de leur qualité de Français. « Nous réglerons nos différends après », disait M. Laine, « aujourd'hui réunissons nos efforts contre l'ennemi commun. » La Chambre vota l'impression du discours et la distribution de six exemplaires. Il mérite encore d'être lu en entier. On y trouve l'exposé de la situation du pays et celle du gouvernement royal ; on y voit percer tous les sentiments et toutes les craintes dont les esprits étaient agités; on y entend tous les reproches qui se murmuraient à l'oreille. Pour bien comprendre ce langage dans la bouche d'un homme aussi engagé dans la cause du royalisme, il faut savoir que M. Laine, depuis les derniers mois de la session, était le centre non d'une opposition, mais d'une réunion d'hommes qui gémissaient des fautes, qui en cherchaient le remède et qui souhaitaient un grand changement dans la marche des affaires. Il fallait pour cela changer le ministère; ils y poussaient de toutes leurs forces. M. de Chateaubriand et M. Benjamin Constant faisaient partie de cette réunion, où avait été admis M. de La Fayette. Ils parlaient et écrivaient dans ce sens; on ne peut guère douter qu'ils ne se soient flattés, jusqu'au dernier moment, que le mal fait pouvait être réparé. Napoléon pouvait être arrêté dans sa marche, si on appelait au ministère des hommes qui fussent capables d'inspirer confiance au pays. Ces illusions n'étaient pas dignes d'hommes expérimentés. Au point où en étaient arrivées les choses, elles indiquaient des théoriciens politiques plutôt que des hommes d'État. Elles expliquent comment M. Benjamin Constant osa, jusqu'au dernier jour, faire insérer dans un journal un article signé par lui, dans lequel il ne craignait pas de lancer des imprécations contre Napoléon et contre tous ceux qui pouvaient se joindre à lui. Il se croyait alors à l'abri d'une semblable faiblesse (i).
(1) J'ai su depuis que cet article avait été inspiré, plutôt commandé par Mme Récamier. L'empire qu'elle avait alors sur M. Benjamin Gon-
M. de La Fayette reprit à ce moment un rôle politique auquel on pouvait croire qu'il avait renoncé. On sait l'aversion qu'il avait constamment témoignée pour l'Empire comme pour l'Empereur, bien que celui-ci Teût tiré des prisons d'Olnmtz. Fidèle à ses principes, il n'avait jamais voulu voir en lui que le plus mortel ennemi de la liberté. A la nouvelle de son débarquement, il accourut à Paris, prêt à joindre ses efforts à ceux qui seraient faits pour le repousser; mais il était aussi plus que personne convaincu que la première condition d'une salutaire et vive résistance devait se trouver dans les garanties que la maison de Bourbon donnerait de sa rentrée franche et sincère dans les voies constitutionnelles. Ses amis avaient proposé, comme le meilleur gage, son entrée au ministère ou tout au moins à la Chambre des pairs. Une indication très positive de cette prétention se rencontre dans l'ouvrage que M. Benjamin Constant a publié sur les Cent-jours. Ils ne doutaient pas qu'une telle justice, rendue enfin au héros de 1789, ne dût enlever tous les esprits. J'ai la certitude qu'ils trouvèrent moyen d'en faire arriver la proposition jusqu'au Roi, qui probablement n'eut pas une grande foi dans ce moyen de salut. En cela, je ne saurais accuser sa perspicacité, car, hors la coterie de M. de La Fayette, personne en France ne pensait alors à lui, il vivait complètement inaperçu.
L'adresse de la Chambre des députés, ainsi que celle de la Chambre des pairs, furent présentées au Roi le 17. Après les protestations de dévouement usitées, après Ténumération des efforts que la nation, que toutes les âmes généreuses étaient disposées à tenter, vint la phrase suivante : « Mais, Sire, ces protestations des cœurs ne suffi-
stant était d'autant plus grand qu'on aurait pu dire au sujet de leur liaison ce qui a été dit avec tant de bonheur sur celle de Laure et de Pétrarque :
« L'amour qu'elle inspira fut sa seule faveur, j»