‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 69 sur 229 · ADRESSE DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS · texte numérisé non relu

ADRESSE DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS

« raient pas, et nous supplions Votre Majesté de nous perte mettre de proposer à son intime confiance des moyens que « nous croyons propres à ranimer de plus en plus Tespé- « rance publique. Tandis que les Chambres prêteront ainsi « au gouvernement qui doit sauver la France la force de « la nation tout entière, vos fidèles sujets sont convaincus « que le gouvernement concourra au salut public en se « confiant à des hommes énergiques à la fois et modérés, <i dont les noms seuls soient une garantie pour tous les <c intérêts, une réponse à toutes les inquiétudes; à des (( hommes qui, ayant été à diverses époques les défenseurs « des principes de justice et de liberté qui sont dans le cœur « de Votre Majesté et forment le patrimoine de la nation, « sont tous également solidaires de la stabilité du trône et <c des principes que l'ennemi public vient anéantir. »

Il était difficile de demander plus clairement un changement de ministère; en cas de besoin, on pourrait trouver que M. de La Fayette lui-même était désigné par cette phrase. Le Roi répondit : « Je reçois avec une vive satis- « faction l'expression des sentiments de la Chambre des « députés et du concours qu'elle me promet dans ces cir- « constances difficiles. De mon côté, elle peut être sûre « que les instruments que j'emploierai seront toujours « dignes de la patrie et de moi. »

Louis XVIII était-il donc porté à profiter du conseil ou de la leçon? Je l'ignore. Dans tous les cas, les événements se précipitèrent avec une telle rapidité, qu'il n'a pas eu le temps de s'en occuper sérieusement.

Le Moniteur donna, le 17, le bulletin suivant : « Les « nouvelles les plus récentes font présumer que Bonaparte « est sorti de Lyon le 13, se dirigeant du côté de Màcon et <f Châlon. Les dispositions combinées que nous avons fait « connaître ont assez annoncé que ce mouvement avait été « prévu. Le maréchal Ney, qui l'observait, est en grande <i marche pour le suivre. »

T. m. iQ

Le 18, le maréchal Macdonald fut nommé commandant en chef de Tarmée qui s'assemblait pour la défense de la capitale, sous les ordres de M. le duc de Berr)\ Puis, dans un long article, on assurait que les mouvements qui avaient éclaté dans plusieurs villes en faveur de Napoléon avaient été promptement réprimés; on allait jusqu'à donner à entendre que Lyon, après son départ, avait secoué le joug qu'il lui avait momentanément imposé et était redevenu fidèle au Roi. On affirmait que la désertion était très forte dans les troupes qu'il menait à sa suite, surtout dans la cavalerie.

A la veille de la catastrophe, tous ces récits mensongers, ces dissimulations maladroites n'étaient propres qu'à faire tomber dans un découragement plus absolu ceux qu'elles trompaient pour quelques heures seulement. Je ne prétends pas dire cependant qu'il n'ait pas été donné, dans quelques localités et par quelques amis fidèles, des marques d'un zèle inébranlable, mais leur nombre était bien petit comparativement à la masse, qui restait inerte, comme stupéfiée.

A Paris, la garde nationale, que Monsieur passa en revue à l'issue de la séance royale, l'accueillit fort bien. Il y eut quelques légions que leurs chefs parvinrent à émouvoir, et qui fournirent un assez bon nombre de volontaires royaux. Il n'eût donc pas été impossible, si la troupe de ligne avait tenu ferme, d'enlever cette garde nationale tout entière. C'était un des moyens de défense que Napoléon devait le plus redouter, parce que celui-ci l'aurait compromis avec la meilleure partie de la population. Ce fut surtout parmi les étudiants que se manifesta le plus grand z(Me; cela est digne de remarque. Déjà cette jeunesse était animée des sentiments qu'elle a manifestés depuis en tant d'occasions. Si elle se montrait aussi disposée à repousser Napoléon, c'était principalement parce qu'elle le regardait comme incompatible avec la liberté.

La courte administration du nouveau préfet de police ne

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