DÉFECTION DU MARÉCHAL NEY
fut guère signalée que par sa maladroite tentative pour arrêter M. Fouché. Cette mesure était aussi mal conçue qu'elle fut mal exécutée. Dans ce moment, aucun homme n'était moins dangereux que celui-là; il n'en existait pas qui dût être moins que lui dans la conûance et les confidences de Napoléon ou de ses amis. Ses relations avec la cour des Tuileries étaient encore assez fréquentes ; il avait eu, si je ne me trompe, trois jours auparavant, une entrevue secrète avec M. de Blacas, rue d'Anjou, chez le duc de Dalberg. M. Fouché se sauva par-dessus les murs de son jardin et se réfugia chez la reine Hortense, dont l'hôtel était contigu au sien. Il y resta caché jusqu'après le 20 mars et se trouva ainsi tout naturellement replacé au nombre des partisans du régime impérial.
Le 19, le Moniteur annonça que Napoléon était parti d'Autun le 16, « continuant à semer sur sa route le men- « songe, la corruption, l'appel au parjure et la calomnie. «Tantôt il accuse, disait-on, l'honneur des maréchaux, « dont la loyauté est la plus connue, la plus assurée, et « dont il ose publier de prétendues proclamations; tantôt il « débite les fables les plus absurdes, telles que le départ « du Roi de Paris et le soulèvement de la capitale. »
Ce passage sur les proclamations était relatif à celle du maréchal Ney, que Napoléon eut soin de répandre et à laquelle le gouvernement, qui n'en avait pas encore reçu la nouvelle officielle, s'efforçait de ne pas croire. Vains efforts t Malgré les adresses, les assurances de fidélité qu'enregistrait encore le Moniteur, on savait, à n'en pouvoir douter, la défection du maréchal Ney et de son armée. Lequel des deux avait entraîné l'autre? Encore aujourd'hui il serait difficile de le dire avec certitude. Tout a été connu dans le procès du maréchal Ney; nul événement ne pouvait être plus grave ni plus décisif. La nouvelle officielle en parvint au gouvernement dans la soirée du 18; il apprit en outre que la vieille garde, que commandait le maréchal
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Oudinot, s'était soulevée à Troyes et avait arboré les couleurs impériales; qu'enfla Tarmée rassemblée sur la route de Fontainebleau, se disposait à suivre l'exemple de celle du maréchal Ney; que déjà plusieurs régiments se mettaient en mouvement pour aller au-devant de l'Empereur.
Je fus informé de ces détails, le 19 de grand matin, par M. de VitroUes, qui m'apprit aussi que le départ du Roi était résolu pour le soir. Sa Majesté allait se retirer sur Lille, avec Monsieur et M. le duc de Berry, se flattant, si la garnison de cette ville lui restait fidèle, de pouvoir s'y maintenir assez longtemps pour recevoir les secours qui lui arriveraient du dehors. M. le duc de Bourbon partait de son côté pour la Vendée, que sa présence contribuerait à soulever et qui, sans doute, se montrerait en cette occasion digne de ce qu'elle avait été dans les jours de sa lutte héroïque avec la puissance révolutionnaire. On comptait beaucoup sur l'influence que M. le duc et Madame la duchesse d'Angouléme paraissaient exercer dans le Midi. Bonaparte alors se trouverait cerné dans le centre de la France ; les armées étrangères ne pouvaient manquer d'être bientôt sur nos frontières, il se trouverait hors d'état de prolonger sa résistance.
Voilà le plan que M. de VitroUes me développa le 20 mars au matin 1 II était peut-être assez bien conçu, mais il reposait sur des hypothèses auxquelles il m'était difficile d'accorder la moindre confiance. Je connaissais trop bien la France pour ne pas regarder pour à peu près certain que toutes les résistances, même celles des départements les plus éloignés, seraient bientôt brisées par l'occupation de la capitale; qu'elles seraient rendues inutiles par la défection complète de l'armée, qui tout entière suivrait l'impulsion. Pour moi, toute la question était de savoir quelle résolution prendraient les armées coalisées, et avec quelle énergie elles poursuivraient la guerre nouvelle. Or, il n'y