‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 76 sur 229 · LA DÉCLARATION DU 13 MARS · texte numérisé non relu

LA DÉCLARATION DU 13 MARS

M. do Tallejrand et M. de Pozzo exploitèrent habilement cette idée; ils parvinrent à enlever, le 13 mars, une déclaration qui fut donnée au nom des huit puissances signataires du traité de Paris. « En rompant ainsi la con- « vention qui Tavait établi à l'ile d'Elbe, Bonaparte, y étaita il dit, détruit le seul titre légal auquel son existence se a trouvait attachée. En reparaissant en France avec des « projets de trouble et de bouleversement, il s'est privé « lui-même de la protection des lois, et a manifesté à la « face de l'univers qu'il ne saurait y avoir ni paix ni trêve avec lui. »

Les puissances étaient intimement persuadées (il était d'une bonne politique de témoigner cette assurance) que la France entière se rallierait autour de son souverain légitime, et ferait incessamment rentrer dans le néant cette dernière tentative d'un délire criminel et impuissant. Elles annonçaient en même temps que si, contre toute probabilité, un danger quelconque pouvait sortir de cet événement, elles étaient prêtes à donner au roi de France, à la nation française, ou à tout autre gouvernement attaqué, les secours nécessaires pour rétablir la tranquillité publique. Elles s'uniraient contre tous ceux qui entreprendraient de la compromettre. En conséquence. Napoléon Bonaparte était placé hors les lois sociales, comme ennemi et perturbateur du repos du monde, et livré à la vindicte publique.

Cette déclaration devait être rendue publique. En effet, rien ne fut négUgé pour la faire parvenir en France. Le gouvernement royal l'attendait avec une vive impatience, car M. de Talleyrand l'avait annoncée; mais la rapidité do la marche de Napoléon avait tout déjoué. La pièce n'arriva à Strasbourg que le 18 et no pouvait par conséquent être connue à Paris au moment du départ du Roi. Elle avait cependant été connue à Strasbourg, le courrier ayant ordre de la répandre sur son passage. Il était impossible que la France tout entière n'en eût pas bientôt connaissance, et ce T. m. 11

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serait un cruel démenti donné au bruit, répandu par Napoléon, qu'il était d'accord avec T Autriche et que l'impératrice Marie-Louise allait lui être renvoyée. Pour donner plus de consistance à ce bruit, il avait, pendant son court séjour à Lyon, rendu un décret portant dissolution de la Chambre des pairs et de la Chambre des députés. Il avait en outre convoqué à Paris, pour le mois de mai, les collèges électoraux de département, constitués en assemblée extraordinaire du Champ de Mai. Il serait alors procédé à la modification des constitutions de l'Empire, au couronne ment de l'Impératrice et à celui du prince impérial.

Dès le lendemain de son arrivée, parurent dans le Moniteur ses proclamations si justement célèbres du golfe Jouan, ses adresses aux habitants de la Drôme, de l'Isère, de Grenoble et de Lyon, plus une série d'actes datés de Lyon. Toutefois, je ne puis m'empôcher de regarder comme certain que plusieurs de ces décrets ne furent rédigés qu'à Paris, et qu'il jugea à propos de les antidater, afin de donner à penser qu'il n'avait pas eu besoin de se trouver dans sa capitale pour saisir les rênes du gouvernement.

Il ne tarda pas à rencontrer des difficultés auxquelles il était loin de s'attendre; elles étaient de nature à lui montrer combien de défiances existaient sur la plénitude de son triomphe, dans l'esprit des hommes dont le jugement devait lui importerie plus. A peine descendu dans le palais des Tuileries, il envoya chercher les personnes sur lesquelles il croyait pouvoir compter pour les placer dans son ministère. De ce nombre, étaient M. de Cambacérès, le duc de Vicence, M. Mole, et presque tous les anciens ministres. Une partie de la nuit se passa en conférence avec chacun d'eux. M. de Cambacérès déclara que sa santé le rendait tout à fait incapable d'affaires, et exprima avec instance le désir de n'être pas tiré d'une retraite absolue, devenue pour lui nécessaire. Il avait sans doute été affermi

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