NAPOLÉON FORME UN MINISTÈRE
dans cette résolution par ce qui lui fut révélé, dès les premières phrases de l'Empereur, que rien n'était convenu entre lui et l'Autriche, que l'espoir du retour de l'Impératrice n'était appuyé sur aucun document positif, ne reposait enfin que sur des hypothèses. J'ai connu une des personnes qui se trouvaient chez lui lorsqu'il revint du château et auxquelles il confia cette fâcheuse découverte.
Cependant Napoléon n'avait pas accepté le refus de M. de Cambacérès et avait dit : « Nous arrangerons cela demain matin. » Le lendemain matin, il se trouva dans le Moniteur avec sa qualité de prince archichancelier de l'Empire, chargé du portefeuille de la justice, mais on lui avait donné un aide pour le soulager des soins de la correspondance, et cet aide, le conseiller d'État Boulay de la Meurthe, n'était pas le plus agréable qu'on pût lui olfrir.
Par d'autres décrets , le duc de Gaëte fut nommé ministre des finances, le duc de Bassano ministre secrétaire d'État, le duc Decrès ministre de la marine, le duc d'Otrante ministre de la police générale, le comte MoUien ministre du Trésor (1), le prince d'Eckmiihl ministre de la guerre, le duc de Rovigo premier inspecteur de la gendarmerie, le comte de Bondy préfet de la Seine, M. Real préfet de police. On voit que le ministère de l'intérieur et celui des affaires étrangères restaient à donner.
Voilà donc M. Fouché redevenu ministre de la police I La persécution qu'il avait essuyée dans les derniers jours avait sans doute contribué à lui valoir cette faveur; sa nomination d'ailleurs, ainsi que celle de M. Real, était un gage
(1) Je tiens de M. Mollien une parlirularité digne de remarque. Dans la première conversation qu'il eut avec Napoléon, il eut la preuve que déjà une partie des illusions dont il avait dû se bercer étaient dissipées. M. Mollien, naturellement complimenteur, n'avait pas manqué de le féliciter sur le brillant accueil qui venait de lui ôire fait dans cette longue traversée de la France depuis Cannes jus(|u'à Paris. < Point d'illusions, mon cher, lui répondit-il, ils m'ont laissé arriver comme ils ont laissé partir les autres. »
donné aux hommes de la Révolution; il en avait été de môme au 18 brumaire. Le duc de Rovigo fut fort désappointé, mais il était du nombre de ces hommes sur lesquels on peut toujours se reposer et qui ne peuvent rien refuser.
Les deux ministères vacants avaient été pendant la nuit le sujet d'une négociation infructueuse entre l'Empereur, le duc de Vicence et M. Mole. Le duc de Vicence annonça comme M. deCambacérès la résolution de ne plus accepter le fardeau des affaires. Il ne dissimula point à Napoléon qu'il se croyait quitte envers lui par le zèle avec lequel il l'avait servi jusqu'au moment de son départ de Fontainebleau, et ajouta qu'il ne pouvait se regarder comme obligé à courir les chances d'une entreprise aussi difficile que celle dans laquelle il lui convenait de se jeter, et qu'il n'aurait certainement pas conseillée. Il faut que sa résistance ait eu un caractère bien prononcé, car l'Empereur désespéra un moment de la vaincre, ce qui est démontré par les propositions qu'il fit à d'autres. M. Mole usa de la même excuse que l'archichancelier et se retrancha sur sa santé, qui, en effet, était assez mauvaise. « Je vois ce que c'est, « lui dit l'Empereur, le ministère de la justice vous ennuie; « prenez l'intérieur. — Celui-ci est bien plus fatigant, « Sire, et il me serait tout à fait impossible d'en supporter « le fardeau. » La conversation fut longue et animée entre eux. Enfin, M. Mole fut congédié, avec ordre de faire ses réflexions et de revenir le lendemain matin.
Le lendemain, comme il persistait dans son refus, l'Empereur essaya de le tenter par l'offre du ministère des affaires étrangères, le moins laborieux de tous et qui ne l'empêcherait pas de prendre un congé pour aller aux eaux, si sa sauté l'exigeait. M. Mole alléguait toujours qu'il ne pouvait se livrer h aucun travail suivi. Cette excuse ne fut toujours point acceptée; on le renvoya encore au lendemain, avec injonction de bien réfléchir avant de prononcer