‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 80 sur 229 · ENTRETIEN DE M. PASQUIER AVEC M. FOUCHE · texte numérisé non relu

ENTRETIEN DE M. PASQUIER AVEC M. FOUCHE

« pris contre chacun de ceux dont elle se compose telle « mesure que la sûreté de FÉtat pourra exiger. Voilà, il « faut en convenir, un oubli du passé bien parfaitement « caractérisé et les libertés individuelles bien respectées (1) . « — Ce sont là matières graves, lui répondis-je, je ne puis « me permettre de les discuter. — Allons donc, laissez là « cette réserve, je vous donne l'exemple; pour achever, je « vous déclare que malgré l'assurance qu'il en a donnée, « toute l'Europe va lui tomber sur le corps ; qu'il est im- « possible qu'il résiste, et que son affaire sera faite avant « quatre mois. — Quand cela arrivera, je m'y résignerai, « mais en bonne foi. Monsieur le duc, je ne vois pas à quoi « peut servir la confidence que vous me faites. — Eh bien, « maintenant, je vais vous le dire. Je ne demande pas « mieux que les Bourbons reviennent, seulement il faut « que les affaires soient arrangées un peu moins bêtement « qu'elles ne l'ont été l'année dernière par Talleyrand; il (( ne faut pas que tout le monde soit à leur merci. Il faut « des conditions bien faites, de bonnes et solides garanties. « — A merveille, je ne m'oppose à rien de tout cela, je « pourrai m'en arranger aussi bien que vous, mais qu'y « puis-je? — Rien pour le moment, beaucoup peut-être « dans quelque temps. Quand l'instant décisif arrivera, il « me faudra des hommes capables et sûrs pour me se- « couder, des hommes qui inspirent confiance à tout le « monde, même à la famille royale. Il faudra surtout un « homme pour enlever et conduire la ville de Paris, car

(i) Ce décret fut en effet rendu le 25. mais ne fut inséré au Moniteur et au Bulletin des lois que le 3 avril. Deux jours auparavant, on avait mis dans le Bulletin des lois celui sur l'amnistie. Il était daté de Lyon, mais très certainement il n'avait été définitivement rédigé qu'à Paris. Tous les membres du Gouvernement provisoire étaient exceptés de cette amnistie, et de plus MM. Lvnch, maire de Bordeaux, de La Rochejaquelein, de Vitrolles, Alexis de Noailles, le duc de Raguse, Sosthène de La Rochefoucauld, Bourrienne et Bellart. En tout treize personnes. Aucune de ces personnes, à la vérité, ne se trouvait, ainsi que M. de La Valette l'avait prévu avec moi, sous les mains du gouvernement.

« VOUS sentez bien que je serai oblige de me débarrasser « de ce fou de Real qu'il m'a mis dans les jambes. Eh bien! « vous êtes cet homme-là et je compte sur vous. — Vous « me faites beaucoup d'honneur; à vous parler vrai, je no « suis pas tenté de courir de si grands hasards et pour le « moment je n'aspire qu'au repos; mais puisque vous me <c témoignez tant de bonne volonté, j'en profite pour vous « dire que j'aurais besoin, avant de partir, de quelques « jours pour arranger mes affaires, que je vous les de- « mande, ainsi qu'un passeport pour aller dans ma terre « auprès du Mans. — Des jours, prenez-en tant que vous « voudrez, mais quoique vous ayez affecté de faire la « sourde oreille, je suis sûr que vous m'avez bien compris. « Ainsi donc vous allez vous en aller. Pour le moment, cela « ne peut être autrement, mais il faut que vous soyez prêt « à revenir au premier signal. Vous êtes lié avec Mme de « Vaudémont, laissez-lui votre adresse ; je la chargerai de « vous écrire quand le moment sera venu. — Puisque v(Tus « m'ouvrez cette voie, je m'en servirai dans un mois, non « pour un sujet aussi grave, mais pour vous demander la « permission de passer par Paris, en allant au Mont-Dore, « dont mon médecin me conseille de prendre les eaux. — « A merveille ! tout ce que vous voudrez ; voilà notre moyen « de correspondance établi. Je vous enverrai votre passe- « port, ne vous pressez pas pour les jours dont vous avez « besoin avant de partir. — J'en userai, mais sobrement, « car, malgré votre protection, l'Empereur, suivant riiême « ce que vous venez de me dire, pourrait fort bien, si ma « présence, en se prolongeant, venait à l'importuner, me « faire mettre la main sur le corps ; je n'ai nulle envie de « me trouver de sa façon entre quatre murailles ; il me faut « avant tout la liberté des champs. — Quant à cela, je suis <c de votre avis, je l'ai prouvé; mais aussi pourquoi vous « laissez-vous exiler? — La question est plaisante! Quel « moyen ai-je donc de l'éviter? — Un bien simple; écrivez-

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