‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 85 sur 229 · M. BENJAMIN CONSTANT SE RALLIE A L'EMPIRE · texte numérisé non relu

M. BENJAMIN CONSTANT SE RALLIE A L'EMPIRE

d'Orléans et ses enfants. Il n'y eut point de rupture entre lui et la cour de Gand; il resta en correspondance avec Louis XVIII ; mais ces dernières circonstances expliquent le parti auquel il dut s'arrêter lors de la seconde Restauration, de ne faire en France qu'une très courte apparition et de retourner presque aussitôt en Angleterre, où il est certainement resté plus longtemps qu'il ne l'aurait voulu.

Dans la soirée qui précéda mon départ, j'allai chez la princesse de Vaudémont. Mon étonnement fut grand d'y rencontrer M. Benjamin Constant, qui avait, au dire de ses amis, quitté Paris dans la journée du 20 et qui, après l'article qu'il avait fait insérer le 19 dans les journaux, devait être peu désireux de se trouver dans la même ville que Napoléon. Je demandai à Mme de Vaudémont l'explication de ce prompt retour. « Il a voulu, me dit-elle bien bas, se « sauver du côté de la Vendée. Arrivé à Angers, il y a « appris la fuite du duc de Bourbon, ce qui Ta tout à fait « découragé ; voyant, d'autre part, les promesses d'indul- « gence que contenaient les proclamations de l'Empereur, a il s'est décidé à revenir. Mais ce n'est pas tout, ajouta- « t-elle en parlant plus bas encore, on ne fait pas pour lui « les choses à demi, il sera bientôt conseiller d'État (1). »

Je fus fort surpris de cette nouvelle; il était près de nous, il se douta que nous parlions de lui et ne put s'empêcher de rougir sensiblement. Il a depuis merveilleusement surmonté ce premier mouvement de pudeur. Il a écrit que les motifs de sa résolution étaient tous puisés dans un dévouement patriotique et dans le désir de ne pas manquer une occasion, qui peut-être ne se représenterait jamais aussi belle, d'assurer à la France le bienfait d'un

(1) La négociation de M. Constant avec Napoléon avait été sûrement conduite par M. Fouché auprès de qui Mme de Vaudémont l'avait sans doute introduit; j'ai su depuis d'une manière certaine que la course à Angers était une pure fiction, qu'il n'avait pas quitté Paris, et s'était seulement abstenu de paraître pendant trois ou quatre jours.

gouvernement libre. Je reste persuadé qu'il a été entraîné par l'ambition d'entrer enfin activement dans le maniement des affaires dont il s'était vu si longtemps écarté, et par le désir de montrer qu'en lui la capacité de l'homm^^ d'État n'était pas inférieure à celle de l'écrivain. Le temps lui a manqué pour faire ses preuves.

Le 1" avril, je partis pour le Maine, m'éloignant sans nul regret, mais avec une profonde tristesse; préoccupé de la crise dans laquelle se trouvaient également compromis la paix de l'Europe et l'avenir de mon pays.

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