‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 86 sur 229 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

M. Pasquier au château de Goulans. — Il s'y trouve dans un milieu royaliste. — On parle d'insurrection. — M. le duc de Bourbon est embarqué à Paimbœuf. — La duchesse d'Angoulême se voit également obligée de quitter Bordeaux. — M. Pasquier modère le zèle royaliste de son frère. — Après quelques succès dans le Midi, le duc d'Angoulême se rend au général Gilly. — M. de Grouchy refuse d'exécuter la capitulation. — Sur l'ordre formel de l'Empereur, le duc d'Angoulême est conduit à Cette et embarqué pour l'Espagne

— Arrestation de M. de Vitrolles à Toulouse; il est amené à Vincennes. — Le préfet de la Haute-Garonne, qui lui avait prêté son appui, donne sa démission, et, dans une proclamation, engage les habitants à se soumettre à Napoléon. — La nouvelle du désastre du duc d'Angoulême refroidit le zèle royaliste du Maine. — Des corps francs, levés dans le Morbihan, n*ont aucun succès. — Le mouvement fédératif, né en Bretagne, s'étend rapidement à toute la France. — Bons procédés du préfet du Mans à l'égard de la famille de M. Pasquier. — Levées de conscrits, rappels des soldats congédiés. — Le général Lamarque traite avec les chefs vendéens à Cholet. — M. Pasquier quitte le Maine et rentre à Paris. — Le traité du 25 mars. — L'Acte additionnel aux constitutions de l'Empire. — Convocations des électeurs des collèges de département et d'arrondissement. — Propos de M. Fouché sur Napoléon. — Ses négociations secrètes avec M. de Metternich. — M. Perregaux dévoile l'intrigue. — Mission de M. Fleury de Chaboulon à Bâle, où il rencontre un agent autrichien.

— M. de Montrond va plaider à Vienne la cause de Napoléon, pendant que M. de Saint-Léon, envoyé par le ministre de la police, sonde les dispositions des puissances, relativement à un gouvernement dont le duc d'Orléans serait le chef. — Lettre du prince de Talleyrand à Louis XVIÏI. — Il prévient le Roi des mauvaises dispositions de l'Empereur de Russie et insiste sur la nécessité de modifier la composition du ministère. — Louis XVïII appelle auprès de lui le duc d'Orléans et M. de Talleyrand : tous les deux s'excusent de ne pouvoir le faire. — En France, personne ne met en doute le rétablissement des Bourbons.

Le château de Coulans est situé à trois lieues du Mans, sur la route de Laval. J'y trouvai mon frère établi avec sa famille. Ayant été, sous le gouvernement royal, préfet du

département de la Sarthe, il n'avait pas hésité à abandonner ce poste dès qu'il avait appris le départ du Roi. Il emportait l'affection et l'estime des royalistes. Je me trouvai donc au milieu de tous les hommes depuis longtemps dévoués aux Bourbons, dans une province où ils étaient nombreux et très ardents, puisqu'elle avait été le théâtre de la guerre des Chouans. Ils étaient moins découragés, moins abattus qu'ailleurs. Dès mon arrivée j'entendis parler de projets d'insurrection. On croyait que le signal viendrait de la Vendée, à la tète de laquelle le duc de Bourbon était allé se mettre, et qui se lèverait tout entière à sa voix. Mais on apprit bientôt que ce prince, sans avoir rien tenté, était parti d'Angers, sous l'escorte de quelques gendarmes, se dirigeant sur Paimbœuf, où son embarquement avait eu lieu le l*' avril, à bord d'un bâtiment anglais (1). Peu après on sut encore que la duchesse d'Angouléme, malgré le courage et l'énergie dont elle avait fait preuve à Bordeaux, s'était vue forcée par la défection des troupes à prendre un parti semblable et s'était embarquée le 2 avril. Ces nouvelles étaient de nature à jeter un grand trouble dans les esprits. Cependant il y avait encore dans les provinces de l'Ouest quelques hommes énergiques, reste de ceux qui y avaient si longtemps soutenu la guerre civile; ils se persuadaient, un peu légèrement sans doute, qu'ils pouvaient toujours, comme par le passé, disposer des habitants de ces provinces et les soulever à leur gré. A côté d'eux, des hommes moins désintéressés, moins sincères, qui cherchent dans les troubles politiques une occasion de fortune. Enfin, il ne manquait pas de gens suspects; comme j'en eus bien-

(1) Des renseignements dignes de confiance qui m'ont été donnés À cette époque et confirmés par M. de Barante, alors préfet de la Loire- Inférieure, m'autorisent à penser que si le duc de Bourbon avait montré plus de caractère, plusieurs généraux, entre autres le général Foy, qui commandait à Nantes, étaient disposés à le venir joindre.

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