NOUVEL ENTRETIEN AVEC M. FOUCHÉ
de la Chambre des représentants, telle qu'elle était constituée par TActe additionnel présenté à Tacceptation du peuple. Cet acte recevait donc son exécution dans un de ses points les plus importants avant d'être accepté.
Tout cela était déjà publié, connu, lorsque j'arrivai à Paris le 2 mai. J'allai le lendemain voir Mi Fouché, pour obtenir l'autorisation que je désirais pour mon séjour à Paris. « Que me parlez-vous de quinze jours? me répondit- « il. Restez tant que vous voudrez, qu'est-ce qui vous gêne « actuellement? Que voulez-vous qu'on vous dise? N'avez- « vous pas lu son Acte additionnel, qui garantit la sûreté des « personnes, qui les met à l'abri des exils arbitraires? Nous « l'avons déjà, vous le voyez bien, enlacé plus qu'il ne s'y « attendait. — Soit, mais l'Acte additionnel n'est pas encore « accepté par le peuple, il n'a pas force de loi. Dans tous « les cas, il ne me faut que quinze jours, puis je pars pour « le Mont-Dore. — Que vous êtes donc devenu simple avec « votre acceptation par le peuple, avec votre force de loi! « Est-ce que l'engagement n'est pas déjà pris de son côté? « Et puis, pourquoi vous en aller en Auvergne? Cela n'a « pas le sens commun. Il sera obligé de partir pour l'armée « avant la fin du mois. Une fois parti, nous resterons « maîtres du terrain. Je veux qu'il gagne une ou deux « batailles, il perdra la troisième, et alors notre rôle à nous « commencera. Croyez-moi, nous amènerons un bon dé- « nouement. — Je n'ai nulle envie, répliquai-je, de vous « rien contester, mais dans tous les cas j'aurai toujours « bien le temps de prendre une saison d'eau; ma santé en « a réellement besoin. — Allons, soit, mais vous revien- « drez me voir avant de partir. »
Cette perfidie de M. Fouché, ministre de Napoléon, est une des particularités les plus singulières de cette époque. Ce qui est le plus étonnant encore, c'est que l'Empereur, qui n'a pu l'ignorer complètement, lui a laissé son portefeuille, qu'il l'a conservé dans un poste où il avait tant de
moyens de nuire! N'osait-il pas s'en défaire? Le croyait-il plus redoutable au dehors qu'au dedans du ministère? Ou bien M. Fouché était-il protégé par son habitude si connue de tromper tout le monde? II a toujours prétendu que les avances, les ouvertures qu'il hasardait n'étaient qu'une manière de sonder les intentions et un moyen de mieux servir. Ce qu'il y a de sûr, c'est que Napoléon a été sa. dupe ; Terreur est d'autant plus étrange que les hommes qui lui étaient le plus dévoués, M. de Bassano, M. de La Valette et bien d'autres encore, n'ont cessé de l'avertir.
Une découverte récente aurait dû lever tous les doutes : on avait eu connaissance d'un commencement de négociation entre lui et M. de Metternich. Toute cette intrigue a été rapportée avec beaucoup de détails dans les mémoires publiés par M. Fleury de Chaboulon, un des secrétaires de l'Empereur, je n'en dirai donc que ce qui ne se trouve pas dans ces mémoires. A la fin du mois d'avril le comte Perregaux, chambellan de service auprès de Napoléon, lui annonça qu'un premier commis de la maison de banque Eskelès et C* venait d'arriver de Vienne pour des règlements de comptes avec la maison Perregaux, Laffitte, Baguenault et Dclessert; M. Perregaux ajouta que ce voyage n'était ni urgent ni même nécessaire, que dès lors il devait avoir pour raison quelque commission secrète (1).
(1) Ce grand zèle de M. Perregaux doit paraître extraordinaire après le rôle qu'il avait joué auprès de son beau- frère le maréchal Marinont. au 30 mars de l'année précédente; en voici l'explication : Son père était mort sénateur peu de temps avant la Restauration; s'il eût vécu quelques mois de plus, il eût été pair indubitablement; le fils alors aurait pu se flatter de succéder au père. Il voulut, malgré ce contretemps, faire valoir le bénéfice de la succession lorsqu'on forma la Chambre des pairs, et sollicita vivement d'en faire partie. La part indirecte qu'il avait prise à la chute de Napoléon, sa grande fortune, lui donnaient, à ses }eux du moins, des droits incontestables. Il fut refusé; sa colère ne connut pas de bornes ; il eut peu de peine à la faire partager à M. Laffitle, resté à la tète de la maison de son père, et qui, pour la faire valoir, ne pouvait se passer des fonds de la famille. Son inimitié en engendra donc une seconde qui devait un jour être bien pla&