‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 92 sur 229 · LES INTRIGUES DE M. FOUCHÉ DÉVOILÉES · texte numérisé non relu

LES INTRIGUES DE M. FOUCHÉ DÉVOILÉES

Sur un ordre de Napoléon donné à M. Real, préfet de police, le commis fut recherché et arrêté. On ne trouva d'abord rien d'important dans ses papiers, relatifs à des affaires de banque et de commerce. Aucun caractère eu encre sympathique n'apparut lorsqu'on les passa au feu, mais il avait manifesté une vive agitation lorsqu'il apprit que son fils, âgé de quinze ans, était aussi arrêté. Après lui avoir fait sentir le danger de sa position s'il était prouvé qu'il se fût chargé d'une mission suspecte, on n'hésita pas à lui promettre, avec sa liberté, celle de son fils, dans le cas où il déclarerait franchement la vérité.

Fort troublé et peu aguerri à ces sortes d'afl'aires, il se jeta alors aux genoux de l'interrogateur et demanda à voir son fils, promettant de tout dire en sa présence. Il déclara, en effet, que le prince de Metternich l'avait chargé d'une mission secrète auprès du duc d'Otrante, qu'il avait déjà vu deux fois ce dernier, la veille et Tavant-veille, de grand matin, à l'hôtel de la police générale, en passant par le jardin qui donne sur la rue des Saints-Pères. Il ajouta que le but de sa mission était d'engager le duc d'Otrante à envoyer promptement à Bàle, à l'auberge des Trois-Rois, une personne de sa confiance intime, laquelle y trouverait un secrétaire du prince de Metternich sous le nom de Henri Werner. Quant à lui, ses pouvoirs consistaient dans une lettre en chiffres du prince de Metternich (il l'avait laissée au duc d'Otrante), et dans un bordereau avec lequel celui qui en serait porteur se ferait reconnaître de M. Henri Werner. Il expHqua à peu près le contenu de ce bordereau, qui était aussi resté entre les mains de M. Fouché. M. Real, muni de ces renseignements, courut aussitôt à l'Elysée et rendit compte à Napoléon de son importante découverte.

incommode, embarrassante même quelquefois. Lorsque Napoléon forma sa Chambre des pairs, M. Perregaux ne pouvait manquer d y être admis, il y prit place en effet.

Le premier mouvement de l'Empereur fut de faire arrêter sur-le-champ son ministre de la police, qui ne lui avait pas dit un mot de cette affaire et qui pouvait, avec toute raison, être considéré comme pris en flagrant délit. Mais soit manque de décision, soit désir de mieux approfondir les faits, il changea d'avis et se contenta d'envoyer à Baie en toute hâte M. Fleury de Chaboulon, muni d'un bordereau pareil à celui dont le commis arrêté avait donné la description.

On peut lire dans les mémoires de M. Fleury les curieuses conversations qu'il eut avec M. Werner, dans deux voyages consécutifs qu'il fit à Bâle. On y verra comment l'agent autrichien, après avoir sondé le terrain pour le duc d'Orléans, arriva promptement à la proposition de mettre la couronne sur la tête du fils de Napoléon, ne demandant point que la régence fût exclusivement confiée à la mère du jeune prince ; consentant à la reconnaître dans les mains de telle personne que choisirait la nation française à l'exclusion de Napoléon. Les puissances, disait-il, ne consentiraient jamais à l'accepter.

M. Fouché, pendant le temps que dura le premier voyage à Baie de M. Fleury, avait trouvé le moyen de se mettre, au moins en apparence, à l'abri de la colère de l'Empereur; toutes les ruses dont il usa pour y parvenir sont fort bien racontées par M. Fleury. Seulement, ce qu'il n'affirme pas assez et ce dont je ne fais aucun doute, c'est que M. Fouché avait été averti du danger qu'il courait par M. Real lui-même, qui, sur l'hésitation qu'il avait reconnue dans l'esprit et les résolutions de l'Empereur, n'avait pas jugé à propos d'encourir en pure perte la haine et la vengeance d'un homme aussi redoutable, et s'était décidé à le faire mettre au courant de tout par sa fille, Mme Lacuée.

Les comnmnications secrètes ne manquaient pas à cette époque entre Paris et Vienne. M. de Talleyrand n'y était pas étranger; M. de Montrond, l'un de ses familiers, fut

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