‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 95 sur 229 · LE PARTI BONAPARTISTE · texte numérisé non relu

LE PARTI BONAPARTISTE

« titres et les biens qu'ils ont acquis les lient au système « monarchique. Ils n'étaient point opposés à la dynastie « légitime, mais ils n'ont pu supporter un gouvernement « où, exclus (le toute participation aux emplois, ils se sont « vus dépouillés de toute existence politique , et menacés « pour l'avenir de pertes encore plus grandes. Leur aver- « sion pour cet état de choses est telle qu'ils eussent voulu (c en sortir à tout prix, et que pour n'y pas retomber, ils se « rejetteront plutôt dans les horreurs et les hasards du « régime révolutionnaire.

« Le premier intérêt de Bonaparte est de nationaliser la « guerre qu'il va avoir à soutenir. Le premier intérêt des (c puissances est qu'il n'en puisse venir à bout. Il sent assez « qu'il n'y pourra arriver parla persuasion, et qu'il n'a pour « y parvenir d'autre moyen que la terreur. Mais son armée, « qu'il faudra qu'il réunisse sur les frontières et qui sera « aux prises avec les forces étrangères, n'est point un « instrument qui lui suffira. Il lui en faut d'autres, et il n'en « peut trouver que dans ce parti auquel il a autrefois appar- « tenu, sur les ruines duquel il s'est élevé, qu'il a tenu « longtemps dans l'oppression, et dont il recherche maince tenant l'appui. Les puissances ont pensé que ce parti, si « l'on s'attachait à calmer ses craintes, pourrait être amené (C à se détacher d'un homme qu'il n'aime pas ; qu'on ôterait « ainsi à Bonaparte sa principale ressource, et ce qui peut « rendre sa résistance plus longue et plus dangereuse : un « projet de déclaration a été fait dans cette vue. Quand il « ne s'est agi que de déclarer que l'Europe ne s'armait point « contre la France, mais pour la France, qu'elle ne recon- « naissait d'ennemis que Bonaparte et ses adhérents, qu'elle « ne traiterait jamais avec lui, qu'elle ne lui accorderait ni « paix ni trêve, et ne poserait les armes qu'après l'avoir « renversé, tous les avis ont été unanimes; mais quand il a « été question d'exprimer encore dans la déclaration que « le but final de la guerre était le rétablissement de la

« dynastie légitime, les opinions ont été partagées : si « vous ne parlez point de ce rétablissement, ont dit les « uns, ceux qui dans l'intérieur se sont armés, et que la « déclaration du 13 a portés à s'armer pour la cause du « Roi, se croiront abandonnés. Vous vous ôtcrez une res- « source certaine, pour en obtenir une qui ne Test pas. En « annonçant uniquement l'intention de renverser l'usurpa- « teur, et en laissant entendre que, lui renversé, la France <c pourra faire ce qu'elle voudra, vous la livrez au jacobi- « nisme et à des factions plus dangereuses pour l'Europe que « l'existence de Bonaparte lui-même. — Le rétablissement « de la dynastie légitime, ont dit les autres, est une chose « par rapport à laquelle l'intention des puissances ne sauce rait paraître douteuse. La déclaration du 13 mars l'ex- « prime assez. En y insistant de nouveau d'une manière « trop absolue, on manquerait le but, qui est de détacher de « Bonaparte des hommes qui ne peuvent être ramenés que « par des concessions que les puissances peuvent bien « laisser entrevoir, mais que le Roi peut seul promettre et « faire.

« Les choses étaient dans cet état lorsque l'empereur « Alexandre a fait appeler lord Clancarty, qui, depuis le « départ des lords Castlereagh et Wellington, est le chef de « l'ambassade anglaise.

« Le récit de leur conversation m'a été fait en partie par « lord Clancarty, mais beaucoup plus en détail par lord « Stewart et par M. de Metternich.

« La tache d'en rendre compte à Votre Majesté m'est « d'autant plus pénible que, m'y trouvant placé, par rap- « port à plusieurs traits, entre le respect et le dévouement, « je dois craindre que ce que j'aurai donné à l'un ne « paraisse manquer à l'autre. Mais Votre Majesté, qui a tant « d'intérêt à bien connaître les dispositions du plus puis- « sant des alliés, ne pourrait qu'imparfaitement en juger « si elle ne savait point quelles raisons il en donne, et

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