LES FAUTES DE LA RESTAURATION
« En plusieurs occasions il a répété que, quand il était à « Paris, il y a un an, tout ce qu'il voyait et entendait lui fai- « sait craindre quelegouvernementnepûtpas se maintenir. « Il lui semblait difficile que les sentiments et les opinions « des princes se trouvassent assez en harmonie avec les (c opinions et les habitudes d'une génération qui était née « pendant leur absence et qui n'avait en beaucoup de points « ni les idées ni les mœurs de ses pères. Or, observe-t-il « perpétuellement, aimant à se placer dans des idées géné- <c raies, on ne peut gouverner en opposition avec les idées « de son temps. Il dit que ses craintes ont augmenté quand « il vit que Votre Majesté appelait au ministère et dans ses <c conseils des hommes très estimables sans doute, mais « presque tous ayant passé le temps de la Révolution hors « de France ou dans la retraite, ne connaissant consé- « quemment point la France et n'en étant point connus, et « manquant de cette expérience des affaires que même le génie « ne peut suppléer. Il trouve que le mal qu'ils ont fait à la « cause royale a été très grand; et, quoiqu'il pense qu'à « l'avenir un mal pareil serait évité parce que Votre Majesté « ferait d'autres choix, je dois dire qu'il remarque que celui « de ses ministres qui a excité le plus de plaintes de la part « de tous les partis est plus que personne dans la confiance <c de Votre Majesté. Il a été jusqu'à dire que le plus grand « mal est venu de la portion de pouvoir que Votre Majesté « a donnée ou laissé prendre aux princes qui l'approchent <c davantage ; que les préventions qui se sont élevées contre « eux lui paraissent un mal sans remède ; que celles <c auxquelles Votre Majesté aurait été personnellement en <( butte auraient produit un effet bien moins fâcheux, attendu « que les mécontentements contre celui qui règne sont « tempérés et adoucis par l'espérance que l'on met dans « le successeur, au lieu que, quand ce sont les successeurs « que l'on craint, l'on ne peut avoir cette espérance. L'emii pereur dit, dgms sa conversation habituelle, qu'il croirait
« volontiers que Votre Majesté, si elle était seule, convien- « drait à la France et qu'elle y serait aimée et respectée ; « mais que, comme elle ne peut être séparée de tout ce qui « l'entoure, il craint qu'elle ne puisse jamais s'y affermir.
« J'ai la satisfaction de voir que les puissances portent « toutes à Votre Majesté un intérêt sincère. Même le lan- « gage de l'empereur de Russie tient plus à de l'humeur et a aux idées philosophiques qui dominent en lui qu^à un « calcul arrêté. Je serais heureux de pouvoir ajouter que « cet intérêt s'étend à Monsieur et à MMgrs les ducs d'An- « goulême et de Berry. Mais une fois le pouvoir exclusi- « vement concentré entre les mains de Votre Majesté et de « ministres responsables, ayant sa confiance et celle de la « nation, les impressions exagérées que des erreurs ou des « inadvertances ont données au dedans et au dehors s'effa- « ceront peu à peu
« Je ne cesse point d'exciter ici le zèle et de représenter « combien il importe que Ton se hâte. Mais le duc de Wel- « lington , dans une lettre postérieure à celle dont Votre (c Majesté m'a fait l'honneur de me parler, mande que, « d'après les fâcheuses nouvelles reçues du Midi, il sent la « nécessité de ne commencer les opérations que quand on « pourra attaquer partout à la fois avec de grandes masses. « Or, avec toute la bonne volonté du monde, les distances « à parcourir font que les Autrichiens ne pourront avoir « sur le Rhin cent mille hommes qu'à la fin de mai.
« Votre Majesté apprendra avec plaisir que les troupes « autricliiennes en Italie ont eu des succès qui en promet- « tent de plus grands. Le prince Léopold partira sous peu « de jours pour l'armée autricliienne. Les journaux de « Vienne sont enfin arrivés à ne plus dire le roi Joaciiim ; ils « disent tout simplement Murât, etc. »
Tout est digne d'attention dans cette lettre. Les aperçus sur rintérieur de la France sont aussi justes qu'ils peuvent * l'être de la part d'un homme placé à l'étranger. M. de Tal-