CLOTURE DE LA SESSION DE
de le faire, la conduite du prince sur ses actes personnels, qui n'avaient pas toujours été approuvés ni soutenus par le ministère, sur l'ordonnance d'Andujar, par exemple. Le discours eut grand succès dans la Chambre, mais il excita la colère de M. de Villèle au delà de toute mesure. La séance avait fini fort tard; malgré cela, il courut à Saint- Cloud, raconta à Sa Majesté que je venais de prononcer l'opinion la plus odieuse, la plus séditieuse qu'il eût jamais entendue. Charles X avait été prévenu par le Dauphin, qui se trouvait près de son père quand arriva M. de Villèle. Ses plaintes furent assez froidement accueillies; le Roi se borna à dire qu'il prendrait le soin de lire le discours, qu'il voulait le juger par lui-même. Le lendemain, cette lecture eut lieu entre le père et le fils, et le duc d'Angouléme fit aisément partager son impression favorable. Quand revint M. de Villèle, il trouva auprès des princes un accueil tout difl'érent de celui auquel il s'attendait. Cet échec lui causa d'autant plus de déplaisir qu'il lui fut facile de s'apercevoir qu'il y avait eu un accord préalable entre le Dauphin et moi. Le dimanche suivant, à Saint-Cloud, je reçus du Roi lui-même le plus obligeant accueil qu'il m'eût jamais fait. Les sentiments du père avaient, en cette occasion, pris le dessus sur les inclinations du Roi.
Le session tirait à sa fin, et la Chambre des députés achevait la discussion du budget. A l'occasion du budget de la guerre, le général Foy repoussa avec une grande énergie la mesure qui mettait à la retraite un grand nombre d'officiers généraux. C'était la dernière fois que la tribune française était occupée par l'homme qui l'avait grandement honorée par son caractère et par son talent.
Le 20 mai, une ordonnance prorogea la session jusqu'au 7 juin ; il fallait s'occuper de la cérémonie du sacre, qui eut lieu le 29 mai. On avait un instant hésité sur le lieu où il aurait lieu. Mais la mémoire de saint Rémi et de Clovist La sainte ampoule qui était, disait-on, miraculeusement
retrouvée et qui ne pouvait sortir de Reims 1 Mgr de Latil» enfin, archevêque de cette ville, qui avait une si grande part dans les afTections de Charles X, avait longtemps été son confesseur et se glorifiait de l'avoir fait rentrer dans les voies du salut 1 Toutes ces raisons militaient en faveur de Reims; ajoutez que Napoléon avait été sacré à Notre- Dame, et que M. de Chateaubriand, dans sa brochure pour l'avènement de Charles X, avait annoncé que son sacre aurait lieu à Reims. Le Roi était décidé depuis longtemps; une seule chose le préoccupa jusqu'au dernier moment : le mot de charte serait-il prononcé dans le serment solennel? ne s'en tiendrait-il pas à la locution, déjà employée dans une récente occasion, promettant de conserver des institua tiom données par son auguste frère? S'il devait en être ainsi, il valait certainement mieux que le retranchement du mot charte eût lieu à Reims qu'à Paris. On se transporta donc à Reims.
Je n'ai nullement l'intention de donner de cette pompe une description qui se trouve dans tous les récits publiés à cette époque. Rien n'avait été oublié pour sa magnificence, et la dépense fut énorme (1). Rien aussi n'avait été négligé pour retrouver les anciens usages, les anciens rites oubliés ramenaient les esprits au temps où le clergé des Gaules avait donné la couronne à Clovis. Ces réminiscences, acceptées avec assez d'indifférence par le Roi et la Cour, furent loin d'être agréables à la grande masse de la nation. Cette impression fut reproduite par la presse. Jusqu'à la
(4) Je ne puis ra'empêcber de noter un fait qui témoigne du mauvais goût de cette époque. L'architecte chargé de préparer l'ornementation à l'intérieur de la cathédrale, l'un des plus beaux nàonuments de l'architecture gothique, n'imagina rien de mieux que d'en faire une espèce de temple grec ou romain qui était dans un désaccord complet avec la cérémonie qui devait s'y accomplir. Si la somme employée à cette décoration, détruite au bout de huit jours, avait été employée à une restauration complète de l'édiflce dans son style, on aurait fait une chose utile, qui serait demeurée et dont le souvenir se serait fort noblement attaché à celui du sacre du roi Charles X.