‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 17 sur 241 · SACRE DU ROI · texte numérisé non relu

SACRE DU ROI

veille, le Roi paraissait décidé à ne pas prononcer le mot do charte. Le clergé Vy poussait fortement, et le nonce du Pape en avait à peu près reçu l'assurance. Le soir, le Roi assistait aux vêpres qui se chantaient dans la cathédrale ; le sermon d'usage fut prononcé parle cardinal de La Fare. On s'était rappelé que le sermon pour l'ouverture des États généraux avait été aussi prononcé par lui trente-sept ans auparavant; ce rapprochement avait paru fort heureux. Son esprit, malheureusement, n'avait pas marché avec son temps; il se laissa aller à prêcher sinon contre la Charte, au moins contre l'absence de tous sentiments religieux qui, suivant lui, se faisait remarquer dans plusieurs de ses articles. Les convenances furent si peu respectées et l'effet produit sur l'auditoire si fâcheux, que M. de Villèle avait demandé au Roi l'autorisation de défendre l'impression de ce discours et supplié Sa Majesté de souffrir que le mot de charte fût introduit dans son serment du lendemain. Il a rendu à Charles X, en cette occasion, un signalé service. Pendant la cérémonie, j'ai pu constater avec quelle anxiété on attendait les paroles royales. Le désappointement fut grand parmi ceux qui s'étaient flattés d'un triomphe décisif pour leur cause; j'ai su que le nonce du Pape, qui se trouvait à Reims avec tout le corps diplomatique, avait le soir même laissé percer son mécontentement.

Le lendemain eut lieu la réception solennelle des chevaliers des ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit, puis le Roi fut à l'hôpital Saint-Marcoul, où il toucha, suivant l'antique usage, cent vingt et un malades auxquels il fit une croix sur le front en disant à chacun d'eux : Dieu te guérisse, le Roi te touche I Après quoi il visita l'antique abbaye de Saint-Remi et fît ses dévotions sur le tombeau de l'apôtre des Français,, dont la châsse avait été découverte. Enfin le Roi passa en revue les troupes qui avaient été réunies dans un camp auprès de la ville.

Charles X quitta le l" juin la ville de Reims pour retourner à Compiègne. Malgré les efforts du gouvernement, le déploiement des pompes qui toujours émeuvent la foule, l'accueil fut bien différent de ce qu'il avait été Tannée précédente, et tous ceux qui ne cherchaient pas à se faire illusion purent mesurer l'impopularité croissante qui avait remplacé l'enthousiasme des premiers jours du règne.

La session fut définitivement close le 12 juin; mais aux fatigues des débats parlementaires devaient succéder, pour le président du conseil, les très graves complications de la question financière. La loi, promulguée le l" mai, ne donnait que trois mois aux porteurs de rentes 5 pour 100 pour opérer la conversion en 3, au cours de 75 francs; ainsi toute cette opération devait être terminée le 1*" août. Une commission avait été nommée pour opérer la répartition de l'indemnité allouée aux propriétaires spoliés révolutionnairement. Les deux opérations étaient, quoi qu'en ait dit le président du conseil, solidaires l'une de l'autre, puisque c'était sur le bénéfice réalisé sur la conversion qu'on devait prendre la somme destinée aux émigrés. Les déceptions successives ne tardèrent pas à rendre sinon impossible, au moins fort douteux, le succès de l'opération. Le cours du 3 pour 100 fléchissait, malgré les efforts de la Caisse d'amortissement; M. de Villèle fit appel aux receveurs généraux, constitués en syndicat; c'était dénaturer leurs fonctions et les transformer en agents d'agiotage. La conversion cependant ne marchait pas. Au 1" août, jour oïl se fermait la conversion, la somme des rentes converties se trouva être environ de 30 millions en 5 pour 100, laquelle donnait 24 millions en 3. La meilleure partie de cette somme provenait de la caisse du syndicat des banquiers qui soutenaient l'opération, de M. de Rothschild surtout et de quelques autres encore, engagés dans la même voie. Les rentiers proprement dits, ceux qui ne

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