‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 20 sur 241 · NÉGOCIATIONS AVEC SAINT-DOMINGUE · texte numérisé non relu

NÉGOCIATIONS AVEC SAINT-DOMINGUE

der deux ou trois jours après, par une compagnie du syndicat des receveurs généraux, composée de M. Laffitte, de Rothschild et quelques-uns de leurs associés. On sait les pertes que cette compagnie a dû supporter, le gouvernement d'Haïti n'étant jamais parvenu à la couvrir de ses premières avances faites témérairement. Ainsi s'est réalisée la prédiction de M. Portai; bientôt les reproches, les récriminations se produisirent. Au premier moment, les libéraux et les constitutionnels ne lui furent pas très défavorables; mais les clameurs des royalistes s'élevèrent; ils étaient indignés qu'on eût sanctionné honteusement les droits de la révolte. Quant aux colons, ils se dirent sacriflés; de quel droit s'était-on permis de conclure, sans les consulter, un arrangement où des propriétés d'immense valeur étaient abandonnées pour une si chétive indemnité? Ils se montrèrent fort mécontents du travail préparatoire de la commission chargée de rechercher les bases et de proposer le mode de répartition des sommes devant leur être distribuées.

Il est possible que dans cette affaire M. de Yillèle ait été dirigé par une pensée politique. J'ai lieu de croire qu'il avait voulu donner à l'Espagne un exemple et un conseil pouvant l'éclairer sur la conduite à tenir à l'égard de ses colonies d'Amérique du Sud et surtout du Mexique, qu'on supposait pouvoir lui faire d'assez grands avantages, si elle consentait à sanctionner son émancipation. Le monde commercial aurait eu sans contredit de grandes obligations à M. de Villèle, s'il était par\'enu à lui faire ouvrir, sans coup férir, ces belles et riches contrées pacifiées et prospères. Le principal ministre à Madrid, M. Zéa, ne se montrait pas, dit-on, éloigné d'entrer dans des voies raisonnables; mais la raison pouvait-elle prévaloir en Espagne? Toujours est-il que ces échecs répétés avaient ému l'opinion publique; les intérêts froissés, les espoirs déçus exhalaient leur colère dans la presse, chaque jour plus

agressive; l'opposition grandissait contre le président du conseil.

Une question surtout enflammait les esprits, excitait les méfiances; c'était la question religieuse. La présentation des lois sur le sacrilège et -sur les corporations religieuses, Finfluence croissante des Jésuites, l'audace avec laquelle leurs établissements se multipliaient, envahissant l'éducation publique, surtout celle du peuple, inquiétaient l'opinion. Partout des missionnaires sortis de leurs rangs, affiliés k leur Ordre, parcouraient les campagnes, plantant des croix, sans nul égard aux convenances locales, encourageant les plus grossières superstitions. L'ingérence du clergé dans les affaires publiques et privées devenait intolérable, il envahissait les administrations, décidait les avancements, les disgrâces. Pour en juger, il faut lire le mandement publié dans le diocèse de Rouen, au nom de l'archevêque, grand aumônier de France, dans lequel les fidèles étaient menacés des rigueurs de la discipline ecclésiastique s'ils négligeaient de remplir leurs devoirs religieux.

Il serait injuste de dire que tout le clergé de France approuvait ces excès de zèle; mais les exaltés, les imprudents, les ambitieux, assurés de la protection et même de la faveur du gouvernement, parlaient plus haut que les autres. Le jeune clergé surtout avait plus d'ardeur que de lumière; les petits et grands séminaires ne pouvaient lui donner qu'une éducation incomplète. M. le ministre des affaires ecclésiastiques avait fait rendre, dans le courant du mois de juillet, une ordonnance qui instituait dans la ville de Paris une maison pour les hautes études ecclésiastiques. Dans cette maison, dont les chefs seraient nommés par |le Roi, les études devaient être dirigées suivant les doctrines de l'ancienne Sorbonne. L'intention était bonne, sans aucun doute, et l'acte fort louable; mais le remède ne pouvait être d'une prompte efficacité, et il devait se passer

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