ATTAQUES CONTRE LES JÉSUITES
bien du temps avant que Tinstruction donnée dans cette maison prévalût sur les principes du parti ultramontain.
Il ne faut pas s'étonner que la presse se fit Técho des consciences alarmées et qu'elle prit avec passion la défense des intérêts civils menacés. Le journal de la contre-opposition, le Drapeau blanc, ne craignit pas d'insérer une suite de lettres, publiées par M. de Montlosier, dans lesquelles il dénonçait à la fois l'existence d'une société mystérieuse désignée sous le nom de congrégation^ le rétablissement des Jésuites et la violation des lois du royaume en ce qui concernait l'enseignement des quatre articles de la déclaration de l'assemblée du clergé de France en 1682. A la fin de ces lettres, qui firent une prodigieuse sensation, M. de Montlosier annonçait un mémoire à consulter, dont la publication, qui eut lieu en effet, appartient à l'histoire de l'année suivante. Une telle attaque venant d'un homme considérable, publiée par un journal royaliste, était un événement dont les journaux libéraux ne pouvaient manquer de s'emparer. Ils ne s'y épargnèrent pas; la violence de leurs attaques fit perdre tout son sang-froid au gouvernement, qui se décida à poursuivre, sur le réquisitoire de M. Bellart, procureur général, le Constitutionnel et le Courrier, Ces deux procès, qui ne furent jugés que dans les premiers jours de décembre, eurent par toute la France un retentissement prodigieux; ceux-là mêmes qui ne partageaient pas les opinions politiques de ces deux feuilles se passionnèrent pour leurs idées. M. Bellart ne manqua pas de mettre en cause la religion, qui, disait-il, était menacée par les plus noirs complots, combattue par les ennemis de l'ordre et de la légitimité. Il n'avait pas hésité à qualifier les journalistes de nouveaux iconoclastes voulant détruire « les « pratiques les mieux justifiées par les plus antiques et les «f plus respectables usages, ne pouvant tolérer ni l'érection « des croix, ni les dévotions particulières à tel saint vénéré a comme patron d'une région, ni les pèlerinages vers cer-
<x tains lieux consacrés par des coutumes séculaires ». Il avait ensuite pris la défense des Trappistes, des Frères de la Doctrine, celle des Frères de la Charité; mais il n'avait pas osé nommer les Jésuites. C'était une prudence maladroite, car il était impossible que l'omission ne fût pas, comme cela arriva, relevée dans la défense.
L'esprit dans lequel ce réquisitoire était conçu se montre dans le passage suivant : « Non, ce n'est pas aujourd'hui « le fanatisme, ce n'est pas ce vieux fantôme de l'ambition « du clergé, évoqué de la poussière des tombeaux, qui est « à craindre; c'est l'athéisme, c'est le matérialisme, ces « deux grands dissolvants de toute organisation sociale, « qui, sous quelque masque qu'ils prennent, sont à répri- « mer, parce que là est le péril commun. Ce sont là les <( ennemis qu'il faut combattre sous peine de périr, il faut « les combattre sans se lasser... »
Les conclusions qui venaient à la suite de ce réquisitoire, portaient « qu'attendu l'esprit des deux journaux « résultant de l'ensemble des articles cités en entier dans « un cahier signé de M. le procureur général et qui étaient « de nature à porter atteinte à la religion de l'État, les « deux dits journaux seraient suspendus, savoir : le Consti- « tutionnel pendant un mois, et le Courrier, attendu la récite dive, pendant trois mois ».
Les deux causes avaient été disjointes, et chacun des deux journaux fut l'objet d'un procès séparé. Le Constitutionnel fut défendu avec beaucoup de talent par le premier avocat du barreau à cette époque, M. Dupin. Le Courrier le fut moins habilement par un sieur Mérilhou, mais le jugement rendu dans la première affaire entraînait nécessairement celui de la seconde. « La Cour royale, considé- « rant que si plusieurs des articles incriminés contiennent « des expressions et même des phrases inconvenables et « répréhensibles dans des matières aussi graves, l'esprit « résultant de l'ensemble de ces articles n'est pas de nature