‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 48 sur 241 · CHUTE DU MINISTÈRE VILLÈLE · texte numérisé non relu

CHUTE DU MINISTÈRE VILLÈLE

les préventions que plus tard il a manifestées contre M. de Martignac.

Dans son désarroi, M. de Villèle alla frapper à toutes les portes. Il fit plusieurs tentatives auprès de M. Royer- CoUard, et alla certainement jusqu'à M. Laffitte. Il finit même, ce qui est peut-être encore plus étrange, par songer à moi ; quelques ouvertures me vinrent par la duchesse de Vicence et par M. de LaPanouse. Ces étranges démarches restaient sans résultat. Le Roi finit par comprendre qu'il ne pouvait garder plus longtemps un ministre auquel personne ne voulait plus s'associer et contre lequel s'élevaient ceux à qui il avait de tout temps accordé sa confiance.

Le Roi se résigna donc, le 3 janvier 1828, à annoncer lui-même à M. de Villèle que l'heure de la séparation était venue et que, malgré l'injustice, l'iniquité des préventions dont il était l'objet, il n'y avait plus moyen d'y résister plus longtemps. La formation d'une nouvelle administration fut résolue, mais on se tromperait fort si on croyait que le crédit et la puissance de l'ancien président du conseil eussent cessé. La part secrète qu'il prit à la composition du nouveau ministère fut considérable. Il y exerça d'abord un droit d'exclusion qu'il appliqua à M. de Chateaubriand, à M. de Polignac et à moi. Pour ce qui me concernait, rien de plus juste; je n'avais jamais été agréable à Charles X, et la place que je venais de tenir à la Chambre des pairs, dans l'opposition qui avait tant ébranlé le ministère, avait dû accroître sensiblement ses préventions sur mon compte. Je connaissais parfaitement cette situation et n'avais ni l'envie ni le droit de m'en plaindre. Il n'en était pas de même de M. de Chateaubriand, contre lequel Charles X peut-être et sûrement M. de Villèle étaient encore bien autrement irrités que contre moi. M. de Chateaubriand ne pouvait comprendre que le ministère, qui tombait en grande partie sous ses

coups, ne serait pas remplacé par un cabinet dont il serait le chef. Ses mécomptes à cet égard, le dépit qu'il en ressentit, les efforts que lui et ses amis n'ont cessé de faire pour obtenir réparation de cette injustice, ont été une des principales causes des embarras du ministère qui s'est formé à cette époque. Quant à M. de Polignac, c'était de tous les intimes du Roi celui qui tenait la première place dans son cœur. M. de Villèle s'était appliqué de longue date à faire douter Charles X de sa capacité et avait assez bien réussi. Cette impression que rien n'avait encore affaiblie le rendit donc dans le premier moment assez facile à écarter, mais il fut dès lors aisé de prévoir que ces impressions ne tarderaient pas à s'effacer.

Après d'assez longs pourparlers, le 5 janvier, la nouvelle administration se trouva ainsi composée : M. Portalis, garde des sceaux; M. de La Ferronnays, ministre des affaires étrangères; M. Roy, ministre des Bnances; M. de Martignac, ministre de l'intérieur; M. de Caux, ministre secrétaire d'État de l'administration de la guerre; M. de Chabrol, ministre de la marine; M. Frayssinous, ministre des affaires ecclésiastiques; M. de Saint-Cricq, ministre secrétaire d'État, président du conseil supérieur du commerce et des colonies. Il n'y eut pas de président du conseil, MM. de Villèle, Corbière et de Peyronnet furent nommés pairs et ministres d'État.

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