‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 49 sur 241 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Illusions du Roi et du public sur la combinaison ministérielle du 5 janvier 1828. — Prétentions de la contre-opposition royaliste et du parti constitutionnel. — Destitution de MM. Delavau et Franchet.

— Le Dauphin est appelé à prendre part à l'administration de l'armée. — Rentrée en faveur de M. de Chateaubriand. — M. de Vatimesnil reçoit le portefeuille de l'instruction publique. — Élection du bureau de la Chambre des députés. — Discussion de l'adresse; elle a pour conséquence la retraite de MM. de Chabrol et Frayssinous. — Impression produite par l'adresse sur le Roi ; sa réponse.

— M. Pasquier rapporteur à la Chambre des pairs. — Projets de loi sur les listes électorales et la presse périodique; ils sont adoptés.

— M. de Chateaubriand obtient l'ambassade de Rome. — Discussion sur l'organisation des petits séminaires; deux ordonnances réglementent et limitent leur exercice; résistance opiniâtre du clergé. — Négociation avec le Saint-Siège. — Discussion du budget. — Pétition relative au rétablissement de la garde nationale. — M. Labbey de Pompières propose de mettre le précédent ministère en accusation; ajournement de la discussion. — Clôture de la session. — Situation du cabinet. — Voyage de M. de Polignac à Paris. — Vues de Charles X sur lui.

Dans la nouvelle combinaison ministérielle, tout le monde avait eu sa part d'illusions. Le Roi, les ministres, le public s'étaient trompés. Le Roi s'était persuadé que toutes les difficultés que son gouvernement avait rencontrées, surtout dans les deux dernières années, venaient de l'aversion qu'on avait, à tort ou à raison, conçue contre M. de Villèle. Les jalousies qu'un trop long exercice du pouvoir ne manque guère d'enfanter, quelques fautes qu'on ne pouvait se dissimuler étaient, à ses yeux, une explication suffisante de l'impuissance et de la défaveur devant lesquelles le président du conseil avait dû se retirer. Charles X était convaincu qu'après son départ les aflfaires

allaient prendre une tournure favorable. Suivant lui, le principal obstacle élevé sur la route de M. de Villèle résultait de la division qui s'était introduite parmi les royalistes. Maintenant Tunion devait prompteinent se rétablir.

Le public voyait les choses sous un jour tout différent ; il ne doutait pas que la retraite du ministère Villèle ne dût entraîner un changement complet dans le système du gouvernement et dans la conduite des affaires. Cela lui semblait si naturel, qu'il était disposé à beaucoup exiger des nouveaux ministres. De leur côté, les ministres, sans prétendre marcher très vite dans la voie des réformes, étaient loin de s'attendre, de la part du Roi, à des difficultés aussi sérieuses que celles qu'ils ne tardèrent pas à rencontrer. Pour en triompher, ils comptaient sur la force des choses et la nécessité de gouverner conformément à l'esprit de la nouvelle Chambre des députés. Comment comprendre, en effet, qu'ayant sacrifié un ministère de son goût, parce que ce ministère ne pouvait s'accorder avec la majorité, le Roi ne se fût pas résigné à voir ses nouveaux ministres faire l'indispensable pour marcher d'accord avec la Chambre?

Dans le ministère nouveau se trouvaient deux hommes ayant fait partie de la précédente administration : MM. de Chabrol et Frayssinous. Il y avait de leur part un peu de témérité à supposer qu'ayant fait si longtemps partie d'un ministère condamné par l'opinion publique, il leur serait possible de se maintenir au pouvoir. M. de Chabrol comp^ tait sur la faveur personnelle du Roi. M. Frayssinous tenait à son poste par obéissance pour le parti qui dominait dans le clergé et qui ne voulait pas que le poste fût abandonné. On conçoit que le Roi ait tenu à conserver ces deux ministres; mais les nouveaux venus avaient fait une faute en consentant à pareille association. D'abord, elle ne pourrait durer; plus tard, le choix des remplaçants serait chose délicate. Tout était difficile dans la position de ces nouveaux dépositaires du pouvoir; dès les premiers jours ils

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