ATTAQUES CONTRE M. DE PEYRONNET
leurs amis comme ils l'auraient dû faire. Cela est si vrai, ajoutèrent-ils, et la Chambre des députés est si honteuse aujourd'hui de cet amendement que, si la Chambre des pairs le rejette, elle n'en sera nullement blessée et s'empressera d'accepter la loi. Le mot fut donné, à la Chambre des pairs, à tous les hommes sur lesquels la cour et le parti royaliste avaient action, de repousser l'amendement. M. de Peyronnet défendit sa propre cause avec talent; il sut môme se rendre intéressant en rappelant de grands malheurs qui venaient de tomber sur sa famille. Il fut soutenu par plusieurs personnes. M. de Corbière ne s'y épargna pas. La discussion dura pendant deux séances; l'amendement fut rejeté. Il fallait retourner à la Chambre des députés, et, malgré les assurances de M. Ravez et M. de La Bourdonnaye, la majorité de cette Chambre trouva un moyen auquel ces messieurs n'avaient pas pensé. Sans prendre la peine d'ouvrir une discussion, elle adopta la loi, mais en rejetant l'article qui autorisait le payement des cent soixante-dix-neuf mille francs. Ce rejet eut même lieu à une majorité beaucoup plus forte que celle accoutumée. Nouveau retour à la Chambre des pairs, qui cette fois adopta purement et simplement, sans discussion. La dépense restait sans moyen d'acquittement; cette situation devenait embarrassante pour le ministère. L'année suivante, on y pourvut en puisant dans la caisse du sceau, ce qui valut beaucoup de critiques au ministre qui avait imaginé cet expédient.
Je ne m'arrête pas sur la discussion du budget des différents ministères. Elle amena les mêmes attaques delà part de l'opposition ; mais là n'était pas le danger qui menaçait le cabinet. Le 30 juillet (1829), la session fut close; la situation du ministère vis-à-vis du Roi ne s'était pas modifiée. Il est hors de doute que, dans le dernier mois de la session, le Roi avait eu avec M. Ravez et M. de Chabrol des rapports plus fréquents que de coutume, qu'il avait beaucoup vu
M. (le La Bourdonnaye, qui avait repris une grande place dans sa confiance. Une circonstance peu importante en apparence y avait contribué. Dans une conversation avec le président de la Chambre, le Roi avait parlé de M. de La Bourdonnaye. M. Royer-CoUard lui dit que c'était en réalité le seul homme de la droite qui eût conservé quelque importance, qui fût resté debout. C'était, aux yeux du Roi, un mérite bien plus grand que ne le supposait M. Royer- CoUard, et son témoignage vint ainsi, sans qu'il s'en doutât, augmenter le crédit d'un de ses plus constants adversaires. S'il fallait en croire un mémoire rédigé par M. de Guernon- Ranville, M. Royer-CoUard aurait eu avec Charles X une conversation bien plus importante encore. Interrogé sur la nuance ministérielle qui aurait le plus de chance de succès auprès de la majorité, il aurait répondu ces paroles : « Au 0 milieu des fractions qui morcellent la Chambre, il est « impossible qu'un ministère, quel qu'il soit, puisse rallier « une majorité forte et durable. Votre Majesté peut donc « choisir ses ministres selon ses opinions personnelles et a ses affections. Ces ministres n'auront ni plus ni moins a de succès que les autres. »
Il n'est nullement impossible que M. Royer-CoUard ait tenu ce langage; ses jugements hautains et dédaigneux prenaient parfois ces formules tranchantes. Il est non moins vrai que Charles X ne tirait pas grande lumière de ses conversations avec les députes, même avec ceux qui étaient d'opinions absolument contraires aux siennes. Il avait l'art de se persuader qu'ils partageaient au fond, sans vouloir l'avouer, ses propres idées. M. Ilumann, avant de partir pour l'Alsace, avait obtenu la faveur d'une audience. Le Roi resta convaincu que ce libéral était frappé des dangers que faisaient courir au pays l'opposition, le mauvais esprit qui s'était manifesté dans la Chambre, et il disait le soir à ses intimes que, même dans le centre gauche, on reconnaissait la nécessité de marquer un grand