‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 94 sur 241 · MISSION DE M. DE LA BRETONNIËRE A ALGER · texte numérisé non relu

MISSION DE M. DE LA BRETONNIËRE A ALGER

sur le Danube et sur les confins de la Serbie. Les privilèges de cette suzeraineté se trouvaient dès lors à peu près réduits à de vaines formalités d'investiture. Le protectorat de la Russie, au contraire, fortifié pendant la dernière guerre par une influence morale toujours croissante, équivalait presque à une suzeraineté. Une des conditions les plus importantes du traité fut l'ouverture des Dardanelles et du Bosphore. Stipulée pour toutes les nations, les plus grands avantages de cette ouverture devaient cependant appartenir à la Russie, car elle lui assurait le développement de sa marine, la libre exportation de ses produits dans la Méditerranée.

Quant à la Grèce, il est évident que son sort ne devait plus causer d'inquiétudes, et les négociations qui allaient suivre, sur les bases fixées par le protocole du 22 mars précédent, ne laissaient entrevoir aucune difficulté. Ces résultats étaient d'abord dus au succès de la campagne du général Diebitsch, puis à la modération de l'empereur Nicolas. Quant à M. de Polignac, le temps avait évidemment manqué pour que son intervention pût se faire sentir.

Restait la querelle engagée avec la régence d'Alger; depuis deux ans, cette ville était bloquée plus ou moins rigoureusement. Cette situation aussi onéreuse que pénible coûtait sept millions par an; le blocus était plus dangereux pour l'escadre que nuisible à l'État qui le supportait; il fallait en finir. Alors que M. Portalis était aux affaires étrangères, il avait jugé convenable de tenter une dernière démarche en vue d'un accommodement. Le contre-amiral La Bretonnière, qui commandait le blocus, avait reçu l'ordre d'entrer en pourparlers avec le dey et de lui porter les réclamations de la France. Le 30 juillet, le vaisseau la Provence, monté par M. de La Bretonnière, était venu mouiller à deux milles d'Alger avec pavillon parlementaire. Admis le lendemain à l'audience du dey, le contre-amiral fit connaître l'objet de sa mission et la satisfaction que la France exigeait. Le dey écouta les propositions avec une

attention de bon augure, et jusqu'au 12 août on le crut dispose à les accepter; mais, ce jour venu, il répondit par le refus le plus positif. La Provence appareilla le 3 août à une heure; mais comme elle sortait de la baie, à un signal parti du château dit la Casba, où le dey faisait sa résidence, Tartillerie d'une batterie voisine tira sur le vaisseau parlementaire; toutes les autres l'imitèrent, et la Provence sortit de la baie criblée de boulets et ayant beaucoup souffert dans sa mâture et ses agrès, l'amiral n'ayant pas voulu riposter un seul coup.

La nouvelle de cette indigne violation du droit des gens arriva à Paris au moment où M. de Polignac venait de prendre le portefeuille des affaires étrangères. Il n'hésita pas à envoyer l'ordre de cesser toute communication avec le dey. En vain celui-ci essaya de s'excuser; en vain il fit dire au commandant du blocus qu'il était fâché de l'insulte qu'avait reçue le pavillon français ; que c'était l'effet d'une ineptie, et qu'il avait fait décapiter les commandants des batteries. On ne tint aucun compte de ces explications, et on ne pensa plus qu'aux moyens de se faire justice à soimême. Les préparatifs de l'expédition commencèrent donc avec le plus grand entrain. On ne peut enlever à M. de Polignac le mérite d'une résolution aussi prompte qu'énergique.

Ainsi qu'il était aisé de le prévoir, les divergences d'idées et de caractère qui existaient entre M. de Polignac et M. de La Bourdonnaye allaient s'accentuant chaque jour et avaient fini par dégénérer en désaccord flagrant. Dès que les prêtres, si puissants auprès de Charles X, eurent reconnu les mauvaises dispositions de M. de La Bourdonnaye pour eux, ils s'appliquèrent à le desservir par tous les moyens possibles. La chose était facile, car il était absolument étranger aux questions qu'il avait charge de décider; à chaque conseil, son inexpérience éclatait aux yeux du Roi lui-même. Il avait affaire à deux antagonistes ne le ména-

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