M. DE LA BOURDONNAYE QUITTE LE MINISTÈRE
géant pas, M. de Chabrol et surtout M. Courvoisier. Celui-ci l'arrêtait continuellement en faisant toucher au doigt Tillégalité de ses propositions. Aussi sa haine contre le garde des sceaux, dont il ne cessait de signaler l'esprit étroit et méticuleux, était-elle sans bornes et s'exprimait-elle sans réserves. M. de Polignac, avec une adresse parfaite, se faisait bienvenir de tous ses collègues et donnait à entendre aux modérés que, sans cette espèce de boutefeu mis au milieu d'eux, rien ne serait plus facile que d'adopter une marche réconciliant le ministère avec l'opinion publique. Il affirmait que, quant à lui, il en sentait le besoin; qu'il était disposé à tout faire pour arriver à ce résultat; qu'il voulait enfin être constitutionnel autant que raisonnable et sincère. Les prêtres lui étaient aussi dévoués qu'ils étaient hostiles à son rival; au bout de trois mois, ils avaient su persuader à Charles X que M. de La Bourdonnaye, loin d'être un appui, était un obstacle, son impopularité rejaillissant sur tout le ministère.
Une fois fixé sur la nécessité de s'en séparer, le moyen d'y parvenir ne fut pas difficile à trouver. Sentant que la présidence du conseil ne lui serait jamais déférée, M. de La Bourdonnaye avait, à l'époque de la formation du ministère, signifié qu'il ne consentirait pas à ce qu'il y eût un président, la responsabilité étant la même pour tous. Vers le milieu de novembre, on souleva de nouveau la question. Il n'y avait, disait-on, si petit corps qui n'eût un chef. Le Roi ne dissimula pas qu'il jugeait qu'un président était indispensable pour donner une direction unique aux travaux du ministère, qu'il lui serait quelquefois commode de n'avoir à s'adresser, pour certaines affaires, qu'aune seule personne qui lui servirait d'intermédiaire avec les autres. M. de La Bourdonnnaye comprit ce que cela signifiait et offrit sa démission, qui fut acceptée. Le 17 novembre parut l'ordonnance qui nommait M. de Polignac président du conseil. Pour calmer le mécontentement de M. de LaBour-
donna) e, on lui donna le titre de ministre d'État avec une pension de douze mille francs. C'était beaucoup pour les services qu'il avait rendus pendant trois mois. Peu de temps après il fut nommé pair de France. On le remplaça par M. de Montbel, qui du ministère des affaires ecclésiastiques passa à celui de l'intérieur, dans lequel des connaissances spéciales et une grande habitude des affaires étaient de toute nécessité. Il fut remplacé par M. deGuernon-Ranville, procureur général avant le 8 août près la cour royale de Grenoble, et depuis dans les mêmes fonctions à Lyon. Fils d'un émigré, avocat au barreau de Cacn, le très rapide chemin qu'il avait fait dans la magistrature était la récompense de l'exaltation royaliste dont il avait fait preuve alors qu'il servait sous les ordres du duc d'Aumont, dans un corps de volontaires qui, en 1815, fit le désespoir des paisibles Normands. Aussitôt son arrivée au ministère, les journaux libéraux s'emparèrent de sa vie passée, de ses discours comme procureur général et aussi de chansons gaillardes, œuvres de jeunesse. Il avait toutefois une réelle valeur, des idées sages; il n'avait pas désiré cette élévation, l'avait longtemps refusée. Dans les pièces du procès auquel il a été mêlé, on a pu voir une sorte de profession do foi adressée à M. de Polignac, qui aurait dû détourner de lui un honneur qu'il n'a pas eu la force de repousser jusqu'au bout. S'il faut en croire son mémoire, M. de Poh'gnac aurait été complètement étranger à sa nomination; elle aurait été suggérée au Roi par les membres de son conseil secret. Les attaques de la presse redoublèrent; on n'avait su aucun gré à M. de Polignac des modifications apportées dans la composition du ministère. Peut-être le départ de M. de La Bourdonnaye, ne le rendant pas plus populaire, l'avait-il affaibli? On le savait homme de résolution, et il avait un incontestable talent de tribune. Ajoutez que ce départ produisait une scission dans le parti royaliste. Il avait des amis qui ne pardonneraientjamais à l'homme qui