‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 96 sur 241 · POURSUITES CONTRE L'APOSTOLIQUE · texte numérisé non relu

POURSUITES CONTRE L'APOSTOLIQUE

s'en était séparé avec tant de légèreté. Dès le lendemain, les deux journaux royalistes se séparèrent; la Gazette demeurait à M. de Polignac; la Quotidienne, à M. de La Bourdonnaye.

Ce n'était pas chose facile pour le cabinet de tenir tète, dans la guerre sans pitié que lui faisait la presse, à ses adversaires naturels. Il lui fallait subir les fautes des amis téméraires et compromettants. Sous prétexte de le défendre, les écrivains qui se disaient dévoués à la monarchie menacée, lui conseillaient. le renversement de toutes les lois, qu'ils accusaient de nuire à l'action du gouvernement. C'est ainsi qu'on lisait dans un journal, VApostoliquej cette phrase caractéristique : « On ne peut se refuser à le recon- « naître, la source du mal vient d'une charte impie et « athée et de plusieurs miUiers de lois rédigées par des « hommes sans foi et révolutionnaires. La religion, la jusa tice et Dieu même commandent d'anéantir ces codes « infâmes, prodiges d'impiété que l'enfer a vomis sur la a France. » Il fallait bien poursuivre de pareilles folies ; l'auteur fut déféré aux tribunaux. Après une plaidoirie qui, loin d'atténuer le délit, semblait avoir été conçue dans le but de l'aggraver, il ne fut condamné qu'à un mois de pri son et trois cents francs d'amende. Décidément le système d'impunité prévalait pour tous les délits de presse, de quel que côté qu'ils vinssent. Il faut bien le dire, on était gêné ralement persuadé que le ministère n'était pas de bonne foi, et que les écrivains désavoués étaient payés par lui.

La session approchait : il était bien difflcile d'ajourner l'ouverture au delà du 15 février. A mesure que ce terme approchait, l'inquiétude augmentait. Le ministère trouve rait-il, dans la Chambre qui avait voté les lois dont on voulait l'abolition, une majorité qui, comme M. de La Bourdonnaye s'en était flatté, consentirait à détruire son ouvrage? Dans le cas contraire, en appellerait-on à de nouvelles élections lorsque l'opinion libérale était si puis-

sanle ? Irait-on jusqu'à annuler des lois par des ordonnances et imposer par ce procédé un système électoral? On connaissait l'esprit peu maniable de M. de Poliguac, son inflexible opiniâtreté; on le savait entouré d'hommes aventureux, sans scrupules, ne connaissant pas la véritable tendance du pays et dont les conseils étaient à craindre. Les deux principaux étaient M. Laborie et M. Ouvrard, récemment sorti de Sainte-Pélagie. Peut-on s'étonner que le président du conseil ait ignoré l'état réel de la France, la force de résistance dont l'opinion soulevée était capable? Il ne serait pas juste de laisser à M. de Polignac seul la responsabilité des erreurs commises par son administration. Charles X agissait sur son ministre plus encore peutr être que celui-ci n'agissait sur lui; il le dirigeait plus qu'il n'en était dirigé. Il y avait entre eux des idées, des préjugés, surtout des illusions communs. Tout leur paraissait facile, persuadés qu'ils étaient que leurs opinions, leurs principes étaient ceux de la majorité de la Chambre.

Le 3 janvier 1830 parut l'ordonnance convoquant le Parlement pour le 2 mars. Personne ne s'était attendu à un retard aussi prolongé.

Avant la réunion des Chambres eut lieu l'arrangement définitif des affaires de la Grèce. Le Grand Seigneur ayant consenti à s'en rapporter à ce que ferait la conférence de Londres, celle-ci adopta, le 4 janvier, un protocole où les limites du nouvel État furent fixées d'une manière un peu plus restreinte que celles qui avaient été adoptées au mois de mars précédent. Quoique ce changement ne fût pas très défavorable en apparence, il affaiblissait cependant les moyens de défense de la Grèce, et ce fut une concession que le ministre anglais et celui de France firent à tort aux vœux du gouvernement ottoman. Le même protocole décida que la Grèce serait rangée sous un gouvernement monarchique héréditaire, mais que son souverain ne pourrait être choisi parmi les membres d'aucune famille ré-

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