‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 97 sur 241 · PACIFICATION DE LA GRECE · texte numérisé non relu

PACIFICATION DE LA GRECE

gnante ayant pris part au traité du 6 juillet. Un mois après, le 4 février, un autre protocole décida que la couronne de Grèce serait offerte au prince Léopold de Saxe- Cobourg, veuf de la princesse Charlotte, héritière du trône d'Angleterre ; aucun choix ne pouvait être plus agréable au gouvernement et au peuple anglais. Les plénipotentiaires français avaient eu le soin de stipuler que les Grecs catholiques (le prince était protestant) seraient protégés dans l'exercice de leur culte. Le prince Léopold accepta, mais en demandant certaines concessions qu'il jugeait indispensables pour la solidité de son établissement, et, entre autres, qu'on en revînt aux limites du mois de mars 1829. Le 20 février, nouveau protocole, dans lequel on lui donnait satisfaction sur quelques points, mais où il était dit qu'on ne pouvait revenir sur la question des limites. Toutes ces pièces furent communiquées à la Porte Ottomane et au gouvernement provisoire de la Grèce. Le Grand Seigneur y donna son assentiment, mais le gouvernement provisoire de la Grèce, tout en se soumettant à ce qui était décidé, exprima, par l'organe de son président, ses regrets. Cette réponse de M. de Capo d'Istria servit de prétexte au prince Léopold pour revenir sur son acceptation, et le 21 mars il écrivit à la conférence une lettre pour exposer les motifs de sa nouvelle détermination. Il entrevoyait trop clairement l'impossibilité de gouverner heureusement un peuple aussi justement mécontent. La conséquence de cette faute commise dans la question des limites a été de laisser la Grèce dans un état provisoire dont elle n'est point encore sortie. (J'écris ceci en juillet 1831 .) Elle n'a pu être maintenue dans un calme relatif que par les efforts très méritants de son président, M. de Capo d'Istria. Peu d'hommes, je crois, se sont jamais trouvés dans une position plus difficile que la sienne (1).

, (1) Sa fin tragique n'a que trop prouvé à quel point cette position était i.itenable. M. de Capo distria avait sans doute l'esprit trop systé^

On avait poussé activement les préparatifs de l'expédition contre la régence d'Alger. Je dois, avant d'entrer dans le détail de l'entreprise, mentionner une idée assez bizarre qui avait eu un certain succès auprès de M. de Polignac. Elle avait été suggérée par M. Drovetti, consul de France en Egypte et fort avant dans les bonnes grâces du Pacha. Celui-ci offrait de se charger, moyennant dix millions, d'organiser une armée de terre et une flotte avec lesquelles il réduirait les trois régences de Tripoli, de Tunis et d'Alger, et en prendrait possession au nom de la Porte. Il s'engageait à gouverner en payant un tribut au Sultan, à établir une administration régulière, à abolir enûn les usages barbares qui paralysaient le commerce.

On comprend difficilement qu'il ait été question de s'adresser à des étrangers pour venger une injure nationale, et cependant on ne peut douter que la proposition du Pacha n'ait été acceptée par le cabinet français au mois d'octobre 1829. Il était impossible d'en poursuivre l'exécution sans s'être préalablement entendu avec l'Angleterre et avec la Porte. On devait s'attendre à une opposition plus ou moins vive de la part de ces deux puissances. M. de Polignac prit le parti de faire connaître son projet à la cour de Russie. Le consentement ne se fit pas attendre ; alors il se décida à le communiquer aux quatre grandes puissances.' Le cabinet de Londres vit dans le projet de l'alliance franco-égyptienne une menace contre la prépondérance que depuis vingt ans il était parvenu à se créer dans la Méditerranée. Le duc de Wellington ne cacha passa ferme résolution de s'opposer par tous les moyens en son pouvoir à l'exécution du plan qui lui était communiqué. On était alors revenu à l'idée d'une expédition dans, laquelle les forces françaises de terre et de mer seraient seules employées. Les difficultés de l'entreprise avaient

matique; mais jamais intentions ne furent plus honorables que les. siennes. (Août 1843.)

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