‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 98 sur 241 · PRÉPARATIFS CONTRE ALGER · texte numérisé non relu

PRÉPARATIFS CONTRE ALGER

été étudiées par les hommes les plus compétents; le maréchal Marmont surtout s'y était employé ; on doit lui faire honneur d'avoir indiqué les meilleurs moyens à prendre pour les surmonter.

Il ne faat pas oublier que l'entreprise de prendre Alger par terre avait été tentée à plusieurs reprises depuis Charles-Quint, et que toujours elle avait échoué. Il y avait donc quelque mérite à surmonter le préjugé que cette succession d'échecs avait fait naître et à expliquer comment elle ne devait être attribuée qu'à des fautes faciles à éviter. M. de Polignac pria le maréchal Marmont de voir le ministre de la guerre et de ne rien négliger pour le convaincre. M. de Bourmont se montra d'abord très effrayé des difficultés à vaincre; mais la confiance du maréchal finit par le gagner. Charles X voyait avec satisfaction une expédition dont le succès devait jeter un vif éclat sur son règne et lui attacherait les troupes. Ce dernier avantage le devait beaucoup frapper au moment ou il était difficile qu'il n'entrevit pas la possibilité d'une résistance sérieuse aux projets qu'il méditait. On pouvait en outre espérer que le trésor du dey suffirait pour solder les dépenses de la guerre. Il fallait se hâter, car, excepté pendant une saison de courte durée, les parages de la côte africaine étaient redoutables. Les marins consultés, entre autres l'amiral Duperré, disaient que, pour avoir chance de succès, il fallait que la flotte fût en état de mettre à la voile dans les derniers jours d'avril ou les premiers de mai.

Il ne s'agissait de rien moins que de transporter une armée de plus de trente-sept mille hommes et de quatre mille chevaux. L'effort à faire était considérable. Les Anglais durant leur guerre avec Napoléon, dans leur débarquement en Portugal, n'ont rien effectué qui approche de cet énorme contingent; ils ont pu opérer à plusieurs reprises, presque toujours sur des lieux de débarquement assurés. Rien ne fut épargné pour faire vite et bien; une

cruelle déception attendait le maréchal Marmont. Comment n'aurait-il pas cru que le commandement d'une expédition dont il avait donné la première idée, dont il avait tracé tous les plans, lui était destiné ? Ce commandement lui avait été non seulement promis, mais offert par M. de Polignac et par M. de Bourmont. Quelle ne fut pas sa surprise, et aussi celle du public, lorsqu'on apprit que le ministre de la guerre se l'était réservé I L'ordonnance qui le lui conférait ne fut cependant signée que le 12 mars. M. de Bourmont avait surtout apprécié l'avantage de s'absenter pendant le cours d'une session où, sans doute, il aurait à entendre des discours très désagréables, auxquels il lui serait d'autant plus difficile de répondre qu'il n'avait jamais parlé en public. Quant à l'expédition, elle gagnait à ce choix; on avait la certitude que rien ne serait épargné pour la faire réussir.

De ce côté, tout marchait vers le but. A l'extérieur, il fallait s'attendre au sourd mécontentement de l'Angleterre; la décision de la France devait l'inquiéter plus encore que le projet qui lui avait été communiqué et auquel elle s'était opposée. Le cabinet de Londres ne nous déniait pas le droit de venger l'injure, mais il aurait voulu que cette vengeance ne fût poursuivie qu'au moyen d'une opération maritime, ainsi qu'il l'avait fait lui-même dix ans plus tôt. Peu lui importaient les obstacles nouveaux qui avaient été accumulés depuis, en vue d'une expédition de cette nature. Il était prêt à se consoler de l'échec que nous pouvions rencontrer. Le piège était trop grossier pour qu'il fût possible d'y tomber. Point de milieu : ou renoncer à l'entreprise, ou la concerter avec un débarquement de troupes assez considérable pour que la conquête d'Alger dût en être la conséquence. Tel, en effet, était le plan dont la communication fut donnée le 4 février par M. de Polignac à toutes les puissances chrétiennes. Cette démarche avait pour but de donner à l'expédition française un caractère

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