‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 99 sur 241 · L'ANGLETERRE ET L'EXPÉDITION D'ALGER. 2H · texte numérisé non relu

L'ANGLETERRE ET L'EXPÉDITION D'ALGER. 2H

d'intérêt général et de créer en sa faveur une opinion européenne capable de gêner et de retenir l'opposition de l'Angleterre. Cette idée avait de la grandeur. « Que veut la France? disait son représentant à Londres. Elle veut d'abord venger son injure personnelle, et vous lui en reconnaissez le droit; elle veut aussi faire sortir de cette vengeance un bienfait général; elle veut la destruction de l'esclavage, de la piraterie, des tributs imposés par les régences sur toute la côte d'Afrique ; elle veut la sécurité de la navigation pour les puissances de l'Europe qui ont grand intéiêt à ce que ces résultats soient atteints. C'est avec elles que le gouvernement français veut discuter et traiter de tout ce qui peut y conduire. Il ne s'agit pas ici de ces conférences qui ont été si souvent tenues depuis 1815, auxquelles n'ont jamais été appelés que les représentants des cinq grandes puissances; nous convions à celles-ci les représentants de toute l'Europe. » Cette manière de poser la question devait être assez embarrassante pour la puissance qui, depuis vingt ans, avait poursuivi avec tant de chaleur l'abolition de la traite des nègres.

Les ministres anglais éprouvèrent un moment de trouble que trahit la modération passagère de leur langage ; mais bientôt ils eurent pris leur parti de mettre de côté ce point de vue secondaire, et, allant droit au fait, ils demandèrent ce que la France entendait faire d'Alger, de son territoire et de tous ceux qui, par suite de l'expédition, pourraient tomber en son pouvoir. Ne prétendrait-elle pas en tirer l'occasion de former sur la côte d'Afrique un grand établissement à son profit? Or, l'Angleterre avait besoin qu'il lui fût donné sur ce point les garanties les plus positives. On a prétendu que M. de Polignac n'avait point hésité k donner ces garanties et avait pris l'engagement formel de ne rien entreprendre de semblable. La justice commande de dire bien haut que c'est une calomnie; il a été dans toute cette affaire bien plus près de la témérité que de la faiblesse. Il

se borna à promettre que la France ne s'attribuerait de plein droit, dans les Ëtats d'Alger, que la partie de la côte sur laquelle elle pouvait justifier d'une possession qui remontait au quinzième siècle et où était construit le fort de la Galle, se réservant toutefois de fixer les limites de cette possession de telle manière que la jouissance en fût assurée. « Que si, dans la lutte qui allait s'engager, il « arrivait que le gouvernement existant à Alger vînt à être a renversé, le Roi, dont les vues dans cette grave question a étaient fort désintéressées, se concerterait avec ses alliés « pour arrêter le nouvel ordre de choses qui, pour le plus a grand bien de la chrétienté, devrait remplacer le régime a détruit et qui serait le plus propre à assurer le noble but <i que Sa Majesté se proposait d'atteindre. »

Cette réponse fut loin de satisfaire le cabinet anglais. D'abord elle n'était que verbale; il voulut un engagement écrit et formellement pris avec lui qu'aucune colonisation nouvelle ne serait faite par la France sur la côte d'Alger. Ensuite il ne s'accommodait nullement de cette proposition d'une délibération avec toutes les puissances de l'Europe, proposition dont la France paraissait vouloir se faire un rempart. Le duc de Wellington s'expliqua même sur ce sujet très nettement et avec toute la raideur de son caractère. « La promesse de se concerter avec toutes les puisa sances, dit-il au duc de Laval, ne me semble nullement a rassurante; il serait possible que quelques-uns des alliés « (notamment la Russie et la Prusse) fussent d'opinion a d'établir en Afrique une colonie française, et qu'alors la « France fût tentée de s'en prévaloir. » Allant plus loin : « Il se pourrait encore, un peu plus tard, que la France a pensât à faire tourner la conquête d'Alger au profit de la a Sardaigne ou de tout autre État. Or, nous ne voulons pas (( avoir à débattre ces questions dans des réunions ou dans a un congrès; nous sommes les plus intéressés en Europe, « peut-être même les seuls intéressés à conserver l'équi-

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