‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 5)Chapitre 102 sur 239 · OUVERTURE DE LA SESSION DE · texte numérisé non relu

OUVERTURE DE LA SESSION DE

« cles que je ne peux pas, que je ne veux pas prévoir, je « trouverais la force de les surmonter dans ma résolution « de maintenir la paix publique, dans la juste confiance des « Français et dans l'amour qu'ils ont toujours montré pour « leurs rois. »

La menace que renfermait cette dernière phrase n'échappa à personne. A la Chambre des pairs, la rédaction et le vote de l'adresse n'amenèrent aucune difficulté. A la Chambre des députés, dès les premiers votes pour la formation du bureau, la droite fut maltraitée. Les candidats à la présidence furent MM. Royer-Collard , Casimir Perier, de Lalot, Agier et Sébastiani, et le Roi dut encore se trouver heureux de pouvoir faire tomber son choix sur M. Royer-Collard. Les quatre vice-présidents furent MM. Dupin, Bourdeau, de Cambon et de Martignac : ainsi deux des derniers ministres; rien ne pouvait être plus significatif. Les quatres secrétaires furent choisis dans la même nuance d'opinion. Enfin la commission de l'adresse fut composée de MM. de Preissac, Etienne, de Kératry, Dupont del'Eure, Gauthier, Sébastiani, Lepeletierd'Aunay, de Sade et Dupin aine. L'ensemble de ces choix ne présageait rien de bon pour le ministère. L'introduction de M. Dupin dans une commission de cette importance était pour la gauche un triomphe qui devait d'autant plus fixer l'attention, que la droite n'était pas représentée dans cette commission. On verra bientôt que ce tort envers cette notable partie de l'Assemblée eut de graves conséquences.

La discussion du projet d'adresse fut adoptée par une majorité se composant de deux cent vingt voix sur quatre cent deux. Cette opposition de cent quatre-vingt-un membres démontrait qu'une partie assez considérable du centre droit avait voté contre l'adresse. Voici comment cela s'explique. Elle était rédigée avec beaucoup de dignité; la réponse suivait pas à pas les paragraphes du discours du Roi, et on lui donnait l'assentiment le plus entier, jusqu'au

moment où, parlant de l'affermissement du crédit public, on disait : « Mais il est une condition nécessaire à l'accom- « plissement de ce bienfait et sans laquelle il demeurerait « stérile; c'est la sécurité de l'avenir, fondement le plus « solide du crédit et premier besoin de l'industrie. » Après ces paroles, venait un fort beau paragraphe sur la sainteté des droits de la couronne : « Cependant, Sire, au milieu « des sentiments unanimes de respect et d'affection dont « votre peuple vous entoure, il se manifeste dans les esprits « une inquiétude vive qui trouble la sécurité dont la France « avait commencé h jouir, altère les sources de sa prospect rite et pourrait, si elle se prolongeait, devenir funeste à « son repos. Notre conscience, notre honneur, la fidélité « que nous vous avons jurée et que nous vous garderons « toujours, nous imposent le devoir de vous en dévoiler la « cause. Sire, la Charte que nous devons à la sagesse de « votre auguste frère et dont Votre Majesté a la ferme « volonté de consolider le bienfait, consacre comme un « droit l'intervention du pays dans la délibération des inté- « rets publics. Cette intervention devait être, elle est en « effet indirecte, sagement mesurée, circonscrite dans des « limites exactement tracées et que nous ne souffrirons « jamais que l'on ose tenter de franchir; mais elle estposi- « tive dans son résultat, car elle fait du concours perma- « nent des vues politiques de votre gouvernement avec les « vœux de votre peuple la condition indispensable de la « marche régulière des affaires publiques. Sire, notre « loyauté, notre dévouement, nous condamnent à vous dire « que ce concours n'existe pas. Une défiance injuste des « sentiments et de la raison de la France est aujourd'hui « la pensée fondamentale de l'administration. Votre peuple « s'en afflige, parce qu'elle est injurieuse pour lui; il s'en « inquiète, parce qu'elle est menaçante pour ses libertés. « Cette défiance ne saurait approcher de votre noble cœur. « Non, Sire, la France ne veut pas plus de l'anarchie que

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