DI8CUSSI0N DE L'ADRESSE
o vous ne voulez du despotisme ; elle est digne que vous « ayez foi dans sa loyauté comme elle a foi dans vos proie messes. Entre ceux qui méconnaissent une nation si « calme, si fidèle, et nous qui, avec une conviction prof fonde, venons déposer dans votre sein les douleurs de « tout un peuple jaloux de l'estime et de la confiance de son « Roi, que la haute sagesse de Votre Majesté prononce. « Ses royales prérogatives ont placé dans ses mains les « moyens d'assurer entre les pouvoirs de l'État cette har- « monie constitutionnelle, première et nécessaire condition « de la force du trône et de la grandeur de la France. »
Ces lignes ont amené une éclatante rupture entre le trône et la Chambre. La commission en avait longuement débattu la rédaction, pesant les mots avec une scrupuleuse attention; mais le profond secret qu'elle s'était imposé ne lui permit pas de consulter quelques-uns des membres de la Chambre dont l'avis eût été bon à recueillir, de ceux surtout dont l'opinion avait le plus de poids dans le centre droit, et on a vu que cette partie des centres n'avait pas de représentant dans la commission.
La discussion roula d'abord sur l'ensemble ; la droite s'y engagea vivement; l'un de ses orateurs, M. Berryer, prononça pour son début un discours véhément, mais dans lequel on remarqua un véritable talent. Le lendemain, vint le débat sur les paragraphes. La veille au soir, il y avait eu réunion des membres du centre droit ; on avait décidé qu'un amendement serait proposé, atténuant la phrase ainsi conçue : « Notre loyauté, notre dévouement, nous « condamnent, Sire, à vous dire que ce concours n'existe « pas. » S'il eût été présenté h la commission, je ne doute pas qu'il eût prévalu, mais le gant était jeté; la commission se croyait engagée. L'amendement, bien léger cependant, sembla un pas rétrograde dont le ministère tirerait avantage ; elle le combattit donc avec ardeur. Il fut rejeté à une assez forte majorité; il en advint que le centre droit,
déjà mal disposé par l'exclusion qui lui avait été donnée dans la formation de la commission et blessé du peu de condescendance que témoignait le rejet d'une proposition aussi modérée, s'obstina à ne pas voter en faveur de l'adresse, bien qu'il fût au fond tout aussi mal disposé pour le ministère que l'était le centre gauche. S'il n'eût pas pris ce parti, l'adresse aurait été adoptée par trois cents voix au moins, au lieu de ne l'être que par deux cent vingt et une, et la minorité eût été de quarante voix au lieu de cent vingt. Le Roi, dans ce cas, aurait peut-être été autrement impressionné qu'il ne l'a été et n'aurait surtout pas cru qu'il ne s'agirait, dans le cas d'une nouvelle élection, que de gagner quarante ou cinquante voix, que trente même passant d'un côté à l'autre suffiraient. Il se serait peut-être moins facilement arrêté à la résolution qu'il ne tarda pas à prendre.
L'adresse était dure pour le ministère, mais elle était fort respectueuse pour le trône et proclamait hautement l'inviolabilité de ses droits. À cela les hommes qui poussaient le Roi répondaient : « Qu'est-ce donc que ce prétendu respect pour les droits de la couronne lorsqu'on porte atteinte à la plus importante de ses prérogatives, à l'indépendance de ses choix, lorsqu'on prétend forcer le Roi à renvoyer des ministres dont aucune action ne peut encore être incriminée et avant même qu'ils aient présenté aucun projet de loi dont on puisse faire un sujet de plainte? » Charles X ne reçut l'adresse que le 18 mars; il y avait eu une longue délibération dans son conseil. Les ministres étaient divisés sur le parti à prendre. MM. de Guernon et de Chabrol auraient voulu qu'on poussât la Chambre dans une impasse dont il lui serait difficile de sortir; il fallait lui présenter immédiatement des lois d'une utilité incontestable, les lois de finances, par exemple. Refuserait-elle de les discuter? Prétendrait-elle les rejeter sans examen? Elle aurait alors contre elle tous les bons