‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 5)Chapitre 107 sur 239 · MENÉES DE M. DE PEYRONNET · texte numérisé non relu

MENÉES DE M. DE PEYRONNET

verait alors en mesure de former son ministère tel que la France le pouvait désirer; mais il fallait, dans cette hypothèse, qu'il connût à l'avance les hommes sur lesquels il pourrait compter. Et pourquoi mes amis refuseraient-ils de s'associer avec lui ? Ne valait-il pas bien M. de Villèle, dont on était, il y a deux mois, en train de se rapprocher? On supposait évidemment que, lors du dernier voyage de M. de Villèle, il y avait eu des pourparlers entre lui et les membres du ministère du duc de Richelieu. Je répondis à mon interlocuteur que, pour ce qui me concernait, il était entièrement faux que j'eusse reçu et accepté aucune ouverture de M. de Villèle, et que je croyais pouvoir en dire autant de mes anciens collègues. Quant aux avances qui paraissaient m'étre faites en ce moment de la part de M. de Peyronnet, je n'y pouvais pas entendre; une trop grande distance nous séparait. Alors même que cet éloignement politique ne subsisterait pas, il ne pouvait ignorer les motifs personnels qui me tiendraient toujours éloigné de lui. Deux jours après, la même personne reparut, et il ne fut pas permis de douter de la réalité de sa mission, car elle se mit à discuter avec moi, cherchant à atténuer les griefs personnels que je pouvais avoir contre M. de Peyronnet et dont elle n'avait pu être instruite que par lui seul. Cette seconde tentative n'eut pas plus de succès que la première; je n'y aurais peut-être pas attaché grande importance, si je n'avais appris de M. de Martignac lui-même que pareille démarche avait été faite auprès de lui, dans des termes identiques. Il y avait donc dans la tête de M. de Peyronnet un plan très arrêté et pour l'exécution duquel il cherchait à l'avance des instruments, des associés. Mais comment entrevoyait-il la possibilité de réaliser une conception si hardie ? Peut-être raisonnait-il comme M. Courvoisier relativement à l'effet que le résultat des élections produirait sur l'esprit de Charles X, et sur le parti à en tirer pour l'engager à sacrifier M. de

Polignac et à entrer dans la voie des concessions avec la nouvelle Chambre. Il s'est grandement trompé; à la suite des élections, il s'est laissé entraîner, il a prêté l'autorité de son nom à une politique qu'il désapprouvait, plus coupable en cela que ceux qui, n'étant pas avertis par leur expérience et leur raison, ont cru de bonne foi qu'ils entraient dans la seule voie à suivre pour sauver la monarchie.

Dans le mémoire de M. de Guernon-Ran ville que j'ai déjà cité, après avoir bien établi, ce qui est parfaitement vrai, que M. de Peyronnet, loin d'avoir fait la moindre résistance à sa nomination, ainsi que quelques-uns l'ont prétendu, l'avait acceptée avec empressement, il ajoute ceci : « On a dit que les nouveaux ministres n'avaient reçu leurs a portefeuilles qu'après avoir pris l'engagement formel de « réaliser le coup d'État dès lors médité... Je sais, mais je « ne puis révéler toute la vérité sur ce point. On la saura « plus tard. Ce qu'il y a de certain, c'est que, d'après nos « délibérations générales, il m'était impossible de ne pas « être convaincu que tout le conseil entendait, comme « moi, ne procéder que par les voies parlementaires, sauf, « bien entendu, le cas où une agression révolutionnaire « pourrait forcer le gouvernement à pourvoir au salut « public. Au reste, cet engagement, s'il eût été pris par « ceux auxquels on l'a attribué, eût été une infamie à « l'égard des autres ministres qui se seraient trouvés liés « par une majorité formée d'avance; car on savait bien « qu'ils ne reculeraient pas devant le danger. » Il est difficile de ne pas croire, d'après ces paroles, que l'engagement de réaliser le coup d'État avait été réellement pris, au moment de leur nomination, entre les trois nouveaux ministres, sans doute avec l'un au moins des anciens. Ceci prouverait que M. de Peyronnet jouait double jeu. J'ai parlé des démarches de M. de Peyronnet auprès de moi et de plusieurs de mes amis politiques, non parce qu'elles pouvaient avoir une grande importance à mes

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