PROJETS DE COUP D'ÉTAT
la majorité, et lorsque l'ensemble des nominations fut connu, il fallut bien reconnaître qu'il allait se trouver devant une majorité hostile, beaucoup plus forte que celle qu'il avait cru devoir dissoudre.
Il est difficile de ne pas croire, malgré la bonne contenance que le Roi et ses ministres affectèrent de tenir, qu'ils ne fussent pas très déconcertés par un résultat renversant toutes leurs combinaisons en les acculant à des résolutions redoutables. S'il fjmt en croire M. de Guernon (on n'a aucun motif pour mettre en doute son récit), dès le 29 juin la pensée fut émise, dans un conseil tenu à la chancellerie, de chercher quelque moyen d'éluder le combat avec le Parlement. Les ministres étaient tous réunis, et ils causaient entre eux fort tristement des dangers qui s'approchaient, lorsque l'un d'eux dit qu'il savait comment on pouvait conjurer ces dangers, mais, que le moment n'était point encore venu d'y recourir. On le pria de s'expliquer; il refusa, en laissant paraître le désir d'être pressé. En effet, on insista, et son début fut tel qu'on pouvait le croire préparé et convenu avec un autre collègue. Je ne crois pas me tromper en disant que ce devait être M. de Chantelauze et M. de Polignac. On entendit alors de longs développements sur un plan médité de longue main et dont le résultat était le système fondé sur l'article 14 de la Charte, qui a été mis à exécution à la fin du mois suivant. M. de Guernon prétend que, ce jour 29 juin, il fut d'abord le seul qui se permît d'élever la voix pour combattre les dangereuses idées qui venaient d'être exposées pour la première fois. Sa résistance inspira cependant un peu de courage à M. de Peyronnet, qui finit par l'appuyer ; mais aucun autre ne se prononça en sa faveur. Toutefois il déclare que l'accord fut unanime entre eux pour reconnaître « que des mesures « de cette nature n'auraient rien d'inconstitutionnel, a qu'elles seraient même expressément autorisées par « l'article 14 de la Charte, s'il survenait un concours de
« circonstances tel que l'État fût mis en un péril imminent « et que les moyens ordinaires fussent évidemment insuf- « fisants pour protéger Tordre public et la constitution ».
Il était difficile que les conséquences dépareilles théories ne fussent pas acceptées tôt ou tard. Lorsqu'il ne fut plus permis de douter que l'opposition aurait une majorité d'au moins cent voix, on n'hésita plus à recourir à l'article 14 de la Charte. Quel est le ministre qui en fit la proposition formelle? « Son nom se trouve écrit dans mon journal, dit M. de Guernon, et je puis à peine en croire mes yeux. » Voici la seule indication qu'il donne. Je serais fort trompé si ce nom n'était pas celui de M. de Montbel, qui dans ce dernier temps était, à ma connaissance, sorti de sa modération habituelle. Son esprit était obsédé par l'idée d'un efFroyable complot contre l'autorité royale; pour le combattre, il se croyait tout permis.
Ce fut, suivant M. de Guernon, le 6 juillet que s'ouvrit solennellement dans le conseil cette grave discussion. Le système proposé comprenait la suspension de la liberté de la presse, la dissolution de la Chambre et une nouvelle organisation électorale. Seul, s'il faut l'en croire, il repoussa avec toute l'énergie dont il était capable cette combinaison et soutint avec persévérance qu'il fallait laisser les Chambres se réunir, qu'on ne devait recourir à l'article 14 qu'alors que la nécessité de ce moyen extrême serait bien constatée; jusque-là, ajoutait-il, on aurait le temps de prendre des précautions, de concentrer autour de Paris les régiments dont on était sûr. M. de Peyronnet le combattit; il s'était rallié au système contraire. Cette assertion de M. de Guernon est d'autant plus remarquable qu'elle est en contradiction avec ce que M. de Peyronnet a, autant qu'il dépendait de lui, donné à entendre dans tout le cours de son procès. Le mémoire de M. de Guernon, dont j'ai eu connaissance fort récemment, a été écrit sous forme de lettre, à la date du 16 février 1833. La mésintelligence qui