‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 5)Chapitre 110 sur 239 · PRÉPARATION DU COUP D'ÉTAT · texte numérisé non relu

PRÉPARATION DU COUP D'ÉTAT

existe notoirement entre les prisonniers de Ham l'a probablement déterminé à sortir, sur plusieurs points, de la réserve qu'il s'était imposée jusqu'alors.

La discussion du 6 n'avait eu lieu qu'entre les ministres; elle fut reproduite en présence du Roi et du Dauphin. M. de Guernon persista dans son opposition, et même, ajouto-t-il, avec une chaleur qui fit impression sur le Dauphin. Ce prince aurait dit « qu'il serait très porté à préférer comme « plus légal et peut-être plus sûr le système exposé par « M. de Guernon; mais que la majorité en ayant décidé « autrement, il se rangeait à l'opinion commune ».

Une fois décidé à recourir à l'article 14, restait le moda de procéder. De très étranges propositions furent mises en avant : ainsi on parla d'une assemblée composée de pairs, de députés, de membres des conseils généraux, qui sous le nom de grand conseil de France et sous la présidence de M. le Dauphin serait appelée à donner son avis sur les moyens de sortir de la crise. On eut aussi l'idée d'annuler un certain nombre d'élections et de procéder avec le reste de la Chambre. Pauvre réminiscence du coup d'État de fructidor! Tout cela pour une querelle qu'à cette époque encore, Téloignement de M. de Polignac et de M. de Peyronnet eût certainement apaisée, car le nom de quelques hommes y tenait bien plus de place que les intérêts publics. On s'arrêta aux divers points dont se composent les ordonnances du 26 juillet. Les jours qui suivirent furent employés à leur rédaction, et M. de Guernon raconte que le système électoral fut l'occasion d'une discussion extrêmement vive entre son rédacteur et lui. Or, ce rédacteur fut certainement M. de Peyronnet. Après avoir combattu la plupart des dispositions qu'elle contenait, M. de Guernon termina par ces mots , qui durent piquer au vif lé rédacteur, quel qu'il fût : Votre loi est une véritable déception; j'aimerais cent fois mieux qu'elle fût conçue en ces termes : « Article unique : Les députés sont nommés par les préfets. » On

aurait au moins le mérite de la franchise. Faut-il s'étonner maintenant de la manière dont le public a accueilli des actes qui produisaient un tel effet, qui donnaient lieu à de tels reproches dans le conseil même où ils s'élaboraient?

Le 10 juillet, le gouvernement reçut une nouvelle qui rehaussa beaucoup le courage des ministres et leur rendit l'assurance dont ils étaient évidemment jusque-là assez mal pourvus. Ils apprirent que l'armée française, après vingt et un jours de marches pénibles, mais courageusement supportées, après plusieurs combats glorieux, avait amené la reddition du fort où se trouvait la principale défense d'Alger et était entrée dans la ville. Une capitulation lui en avait ouvert les portes. Le succès le plus complet avait donc couronné les efforts de notre armée, malgré les sinistres prédictions de voisins jaloux. Le ministère avait d'autant plus de raisons de s'en prévaloir que, grâce au trésor de la Régence, qui était tombé entre nos mains, il n'aurait peut-être point d'argent à réclamer des Chambres pour couvrir les dépenses d'une si glorieuse entreprise. A partir de ce "moment, Charles X se persuada qu'aucun obstacle sérieux ne pouvait l'arrêter; que l'armée, fière et reconnaissante de la gloire qu'elle venait d'acquérir et dont il lui avait fourni l'occasion, était désormais dans sa main; que la nation, à l'exception de quelques turbulents, que le pays tout entier, reconnaissant enfin la sagesse et la force de son gouvernement, était prêt à se confier à lui et à se ranger sous son autorité.

Les plus grandes difficultés de l'expédition avaient été dans le débarquement. La flotte, ayant une première fois abordé la côte, fut obligée, par la crainte d'un gros temps, de s'en éloigner presque aussitôt. L'amiral la conduisit et la rallia dans la rade de Palma à l'île de Minorque. L'armée de terre avait vu ce mouvement avec grand déplaisir; les soldats ne peuvent jamais se faire une juste idée des difficultés que les marins sont seuls en état d'apprécier. Au

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