‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 5)Chapitre 111 sur 239 · PRISE D'ALGER · texte numérisé non relu

PRISE D'ALGER

bout de quelques jours» la flotte fut ramenée à la côte, et le débarquement s'opéra avec une rare célérité sur la plage de Sidi-Ferruch, à six lieues environ d'Alger.

Le dey n'eut point l'idée d'opposer à ce débarquement une résistance sérieuse; il le souhaitait plus qu'il ne le craignait, ne doutant pas que les chrétiens ne fussent massacrés par ses soldats et se croyant inexpugnable derrière les fortifications de sa capitale. Cette résolution fut heureuse pour l'armée française. Les troupes furent admirables de courage et de patience pour supporter les fatigues résultant du climat. Les officiers généraux qui les commandaient étaient à la hauteur de leur mission; seul le général en chef montra une inexplicable inertie, dont la mort de son fils aîné, tué à l'attaque d'une petite redoute, n'eut pas le pouvoir de le tirer. Il avait donné en plusieurs occasions les preuves d'un brillant courage; là cependant on ne le vit pas une seule fois au feu ; il n'assista pas à la prise du fort de l'Empereur, qui devait être Faction décisive. L'artillerie française, avec sa supériorité accoutumée, fit taire le feu des batteries ennemies. Le fort tombé en notre pouvoir, la ville ne pouvait plus tenir, mais on pouvait craindre encore une de ces résistances désespérées dont les peuples barbares sont plus capables que les populations civilisées; les rues étroites d'Alger devaient la rendre très meurtrière. Le dey, fort heureusement, demanda à capituler et à être transporté dans le lieu qui serait ultérieurement désigné, avec ses femmes et son trésor particulier. A cette condition, il s'engagea à remettre le 5 au matin, entre les mains des autorités françaises, la ville d'Alger, la Casba, les canons, les munitions et généralement toutes les propriétés de la régence. Les habitants les plus riches avaient pris la fuite du côté de la ville qui n'était pas encore occupé. Ils emportaient avec eux ce qu'ils avaient de plus précieux. On fut loin de trouver les richesses qu'on espérait; le butin se borna

donc au trésor de la Régence renfermé dans la Casba. On a reproché à M. de Bourmont sa condescendance pour le dey. Il lui a abandonné tout ce qu'il prétendait être sa propriété particulière, mais il a eu raison d'acheter à ce prix une capitulation qui a épargné le sang de nos soldats. Tout compté, le trésor de la Casba s'élevait à la somme de 48,684,527 francs. On s'était plu à le croire beaucoup plus considérable : les accusations n'ont pas manqué sur les dilapidations qui avaient eu lieu et qui, disait-on, rayaient diminué. Toutes les précautions avaient été prises pour que rien ne fût détourné, et l'information que le général Clausel a faite quand il est venu remplacer M. de Bourmont ne permet pas de concevoir le moindre doute sur la régularité des opérations et sur l'intégrité des agents.

Charles X demanda à tous les évêques de France d'ordonner qu'un Te Deum fût chanté dans les églises de leurs diocèses. Dans le mandement que l'archevêque de Paris publia, on lisait cette phrase : « Trois semaines ont « suffi pour humilier et réduire à la faiblesse d'un enfant « ce musulman naguère si superbe I Ainsi soient traités a partout et toujours les ennemis de notre seigneur Roi; « ainsi soient confondus tous ceux qui osent se soulever « contre lui. » Cette phrase fut remarquée, parce qu'on savait les rapports qui existaient entre M. de Polignac et l'archevêque; elle fut encore aggravée par les paroles que le prélat adressa au Roi lorsqu'il le reçut à la porte de sa cathédrale. « Ainsi le Tout-Puissant aide au Roi Très « Chrétien qui réclame son assistance. Sa main est avec « vous, Sire. Que votre grande âme s'affermisse de plus en « plus. Votre confiance dans le divin secours et dans la « protection de Marie, Mère de Dieu, ne sera pas vaine. « Puisse Votre Majesté en recevoir bientôt une nouvelle « récompense! Puisse-t-elle venir bientôt remercier le « Seigneur d'autres merveilles non moins douces et non a moins éclatantes ! » Comment ne pas voir dans ces paroles

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