M. PASQUIER A SAINT-LEU
naires, frapper à sa porte à l'heure indiquée; il se levait en chemise, tirait le verrou et rentrait dans son lit en attendant que les préparatifs de son lever fussent faits.
Je rédigeai l'acte de décès en me bornant à constater le fait de la mort, sans rien dire de la cause, puisqu'elle devait être l'objet d'une information judiciaire. Le juge d'instruotion de Pontoise venait d'arriver et se disposait à remplir ses fonctions. La journée était assez avancée lorsque je pus enfin partir avec M. de Sémonville et M. Cauchy. L'aide de camp du Roi resta, suivant les instructions qu'il avait reçues. Vers la moitié du chemin, je rencontrai un courrier que m'envoyait le Roi et qui me remit la lettre sui vante :
« Vous pensez bien que ce que vous me demandez m'a a fait dresser les cheveux sur la tète. Oui, sans doute, il a faut une instruction, mais il me semble que vous devez la a diriger, ou au moins y participer comme chargé de l'état a civil de la maison royale. J'envoie chercher, comme vous a le désirez, M. Marc et M. Marjolin pour vous les expédier « dès qu'ils arriveront. En attendant, je vous envoie ceci « par un homme à cheval pour vous prier de ne pas quitter a Saint -Leu jusqu'à ce que vous ayez présidé à cette a enquête et donné à cette investigation tout le développe- « ment possible. Je vous le recommande de la manière la « plus forte et la plus positive.
« Ce vendredi 25 août, à cinq heures et demie.
« P.-S. — Je fais avertir le procureur général par le garde « des sceaux, que j'envoie chercher au plus vite; mais a n'attendez personne pour agir vigoureusement. »
Sur la lecture de cette lettre, j'eus un moment d'incertitude. Retournerai-je à Saint-Leu? ou continuerai-je ma route sur Paris? Je me décidai pour ce dernier parti. Le Roi était dans l'erreur lorsqu'il supposait que je pouvais
présider ou même participer à l'instruction judiciaire. Il était nécessaire que je lui fisse comprendre qu'il me mettrait dans la position la plus fausse, mes fonctions ne devant être en cette occasion que celles attribuées par la loi commune aux notaires et aux maires. Je poursuivis donc mon chemin, et au moment d'entrer à Saint-Denis, je fus encore arrêté par une voiture du Roi, dans laquelle se trouvaient M. Marc, M. Marjolin et Pasquier. Nous eûmes ensemble sur la route quelques minutes de conférence. Ils me dirent leur mission, et je leur racontai les circonstances qui m'avaient le plus frappé dans le procès- verbal du maire. Le mouchoir qui entourait le cou n'était pas serré, les jambes touchaient à terre, et les genoux étaient ployés. Ils ne me parurent pas attacher une aussi grande importance à ces particularités et me répondirent qu'on avait beaucoup d'exemples de strangulations volontaires exécutées dans ces conditions; que la strangulation, chez les vieillards, était chose très facile; que la moindre compression suffisait pour l'opérer.
Arrivé au Palais-Royal, entre huit et neuf heures du soir, je rendis compte au Roi dans le plus grand détail de l'emploi de ma journée et lui répétai les motifs de mon retour. Il m'approuva et me demanda à plusieurs reprises mon opinion sur le fait du suicide, insistant pour bien connaître l'impression sur laquelle j'étais resté. Je lui répondis qu'il avait dû voir par ma lettre que j'avais d'abord incliné fortement aie croire impossible. Je devais convenir que, personne dans le château n'ayant paru élever le moindre doute sur ce point, la clôture absolue de la pièce où avait été trouvé le prince paraissant démontrée, et les médecins ne paraissant attacher que fort peu d'importance aux circonstances qui m'avaient d'abord frappé, je revenais avec grande satisfaction à la pensée qu'un crime aussi atroce que celui auquel mon imagination s'était arrêtée quelques instants n'avait pas été commis. Il fallait donc regarder le
suicide comme la conséquence d'un affaiblissement d'esprit qu'expliquait assez bien le genre de vie que le prince avait toujours mené. Les seules jouissances auxquelles il eût été sensible jusqu'alors lui manquaient à la fois» sa santé ne pouvant plus soutenir les fatigues de la chasse. Enfin, sa tête affaiblie n'avait pu supporter l'ébranlement qu'avaient dû lui causer les derniers événements politiques.
Je fis le même récit à la reiue Amélie, chez laquelle je fus introduit. Près d'elle se trouvaient Madame et Mgr le duc d'Orléans. Les deux princesses adoptèrent l'explication du suicide, mais le jeune prince ne voulut pas l'admettre. Que son oncle, qui était si brave, disait-il, se fût tiré un coup de pistolet, il le comprendrait encore ; mais qu'il se fût pendu, qu'il eût voulu mourir d'une telle mort, il le tenait pour impossible. Il y avait dans cette incrédulité quelque chose de noble et d'élevé qui donnait peu d'envie de la combattre. Cependant je le priai d'observer qu'on ne devait jamais, sans les présomptions les plus fortes, admettre la supposition d'un crime, et qu'il devait au moins suspendre son jugement, jusqu'au moment où le rapport des médecins et le résultat de l'enquête lui fourniraient les moyens de l'asseoir sur une plus ample connaissance des faits.
Je pensais que ma tâche était terminée et que je n'aurais plus à m'occuper d'une si triste affaire. Mais le Roi jugea à propos de me désigner, comme président de la Chambre des pairs, pour tenir, à la cérémonie des funérailles, un des coins du drap mortuaire; les trois autres devaient être tenus parle président de la Chambre des députés, le maréchal Macdonald et le comte de La Villegontier. La cérémonie eut lieu le 4 septembre. Huit jours s'étaient écoulés depuis le décès, et ces huit jours avaient suffi pour donner force et vie à tous les sentiments qu'une telle catastrophe pouvait faire naître, pour soulever et accréditer les bruits les plus odieux. Les circonstances qui avaient, dans le
premier moment, autorisé les soupçons dont je ne m'étais pas moi-même défendu, avaient été grossies, amplifiées. Le faux avait été mêlé au vrai, et pour le plus grand nombre peut-être les soupçons étaient devenus des certitudes. La haine que toute la maison du prince portait à Mme de Feuchères avait contribué à propager les plus graves imputations sur la part qu'on se plaisait à lui attribuer dans l'attentat qui avait, disait-on, tranché les jours du malheu reux prince. J'ai rencontré dans les salons de Paris, surtout dans ceux du faubourg Saint-Germain, beaucoup de personnes ne pouvant se résoudre à croire que le dernier des princes de la maison de Condé eût volontairement terminé sa vie, admettant beaucoup plus volontiers la possibilité d'un crime. Cette hypothèse supposait la plus monstrueuse des ingratitudes (il n'eût pu être commis que par une seule main) et aussi la plus rare scélératesse.
Il faut le reconnaître, il y avait dans la situation de Mme de Feuchères un côté qui prétait aux mauvaises pensées. Je n'entrerai pas dans le détail de toutes les intrigues qu'elle avait mises en œuvre, de toutes les suggestions dont elle avait usé pour s'assurer une immense part dans la fortune du prince. Peu s'en était même fallu qu'il ne la lui laissât tout entière, au détriment de tous ses proches. Mieux conseillée, elle avait cependant compris qu'un don de soixante à soixante-dix millions serait tellement exorbitant que la puissante famille dépouillée trouverait probablement moyen d'en contester la validité et de le faire annuler. C'est alors qu'elle avait habilement suggéré un testament qui fut signé au mois d'août 1829. Le prince de Condé, après avoir institué son légataire universel le duc d'Aumale, quatrième fils du duc d'Orléans, son petit-neveu et son filleul, laissait à Mme de Feuchères, avec le château de Saint-Leu, des valeurs en terres, bois, argent comptant et mobilier qui ne pouvaient pas être estimées moins de douze millions. Elle avait été
MADAME DE FEUCHÉRES. 359
jusqu'à faire comprendre dans ce legs un pavillon qu'elle occupait à Paris, dans le Palais-Bourbon, où elle s'était fait arranger un somptueux appartement. Nul souvenir pour une fille naturelle du prince, Mme de Reuilly, qu'il avait jadis beaucoup aimée, mais qu'elle était parvenue à écarter de lui dans les dernières années. Enfin, les officiers, les domestiques du prince étaient traités sans générosité et ne recevaient guère que ce qu'il était impossible de ne pas leur donner.
Ce testament, dont la principale disposition, celle qui désignait le légataire universel, était déjà généralement connue, devint public aussitôt après le décès. On peut aisément se faire une idée des réflexions auxquelles il donna lieu, lorsque tous les détails en furent connus. Mme de Feuchères avait donc un intérêt à ce que l'ouverture de la succession eût lieu le plus tôt possible. N'était-il pas toujours révisable ? Un seul jour de refroidissement entre le prince et elle pouvait amener son annulation. Or, ce refroidissement commençait à se manifester, au dire de beaucoup de personnes. Le prince paraissait fatigué de ses relations avec elle; elle-même n'avait plus pour lui les attentions accoutumées. Les derniers événements politiques ne pouvaient-ils pas lui inspirer des résolutions fort différentes de celles auxquelles il s'était arrêté ? Il avait eu la pensée de quitter la France et pouvait éprouver le besoin de secourir ses parents exilés. Sa mort tranchait toutes ces questions ; on disait très hautement que Mme de Feuchères l'avait désirée, que peut-être elle l'avait voulue.
La veille du jour où devait avoir lieu la cérémonie des funérailles, un de mes collègues à la Chambre des pairs, l'un des hommes les plus consciencieux de cette Chambre, M. de Jaucourt (sa famille avait eu beaucoup de rapports avec la maison de Condé), me remit une note dans laquelle étaient énumérées toutes les circonstances qui pouvaient motiver les plus graves soupçons. Il était surtout beaucoup
parlé d'une porte restée inaperçue dans le premier moment et par laquelle les meurtriers avaient pu entrer dans la chambre du prince. Elle était, disait-on, située dans un des coins de son alcôve et donnait dans une garde-robe qui avait sa sortie dans le corridor. Rien de plus positif, de plus circonstancié que cette assertion. Je répondis à M. de Jaucourt que, si le fait était exact, il ne pouvait manquer d'être constaté dans la visite des lieux que les magistrats chargés de l'instruction judiciaire avaient dû faire; que cette instruction n'était pas de mon ressort, mais que, comme j'allais le lendemain à Saint-Lcu, je ne manquerais pas de le vérifier moi-même avec le plus grand soin, à moins que les scellés apposés n'y missent obstacle.
Le lendemain samedi, j'arrivai un peu avant l'heure indiquée pour les funérailles. Le corps était exposé dans l'appartement d'en bas, et nul scellé n'avait été mis sur l'appartement que le prince avait occupé au premier étage. Je me fis sans difficulté ouvrir sa chambre à coucher, dont je visitai tous les détails avec l'attention la plus scrupuleuse. Ce nouvel examen me convainquit que l'existence d'une porte dans l'alcôve était de pure invention, et qu'il n'y en avait pas d'autre que celle qu'il avait fallu briser pour pénétrer dans la chambre, le jour de la mort. Eh bien, on n'en a pas moins distribué dans tout Paris, quelques jours plus tard, une brochure à laquelle était joint un plan où cette porte d'alcôve se trouvait indiquée.
Je redescendis dans l'appartement dans lequel se réunissaient les personnes devant assister à la cérémonie. J'y trouvai M. de La Villegontier et fus très surpris de l'étrange modification qui s'était opérée dans son esprit. Huit jours auparavant, je l'avais laissé ne supportant pas la moindre apparence d'un doute sur la réalité du suicide ; je le retrouvai très porté à admettre l'assassinat, presque décidé à y croire. Je le priai de m'expliquer la cause de ce changement. « Le verrou, me dit-il, était fermé au dedans; dès
lors je regardais comme impossible qu'il y eût un moyen pour qui que ce fût d'entrer dans la chambre et d'en ressortir; mais depuis, on m'a montré qu'il était fort aisé, après être sorti d'une pièce, de refermer le verrou, bien qu'il fût placé en dedans. Il suffit pour cela de passer dans ce verrou un ruban mouillé qu'on tire à soi en même temps qu'on ferme la porte. » Il essaya de faire la démonstration de cette manœuvre sur le verrou d'une des portes de l'appartement où nous nous trouvions. Elle me parut en effet praticable, quoique bien malaisée. Il aurait fallu, pour s'y fier, un assassin bien hardi et bien expérimenté. La chambre longeait le corridor, sur lequel étaient situés tous les appartements du premier; au-dessous, un entresol habité : tout cela rendait bien difficile, sans risquer d'être entendu, d'y commettre un acte de violence quelconque. Je n'ai nullement l'intention de discuter les allégations plus ou moins fondées qui se trouvent dans les nombreuses brochures publiées; j'ai dit simplement les motifs qui ont décidé ma conviction personnelle.
Le duc d'Orléans devait conduire le deuil et arriva à l'heure indiquée avec ses trois frères, le duc de Nemours, le prince de Joinville et le duc d'Aumale. Mais M. Laffitte, qui devait, comme président de la Chambre des députés, porter un des coins du drap mortuaire, non seulement se fit attendre longtemps, mais n'arriva pas. Il n'avait envoyé aucun avertissement et n'a, je crois, jamais fait aucune excuse pour le sans-gêne avec lequel il s'était soustrait à une fatigante corvée. Le déjeuner qui précéda la cérémonie fut court et silencieux. Je me trouvai placé auprès de M. le duc d'Orléans, qui, voyant que M. Laffitte n'arrivait décidément pas, me consulta sur la personne qui pourrait le remplacer. Je lui indiquai le duc de Montmorency, qui était venu comme parent, et que toutes les convenances appelaient à cet honneur. Le prince alla au duc de Montmorency, qui n'hésita pas à accepter l'invitation.
En passant dans le salon voisin, la première personne qui frappa mes regards fut le prince de Rohan. Il venait d'entrer; on ne l'avait pas vu jusqu'alors. Il était beaucoup plus proche parent que le duc de Montmorency et aurait dû être choisi avant lui. On en avertit le duc d'Orléans, qui vint me confier son embarras. Je lui dis qu'il ne pouvait retirer au duc de Montmorency l'honneur qu'il venait de lui faire, qu'il devait, pour tout arranger, prendre la peine de dire lui-même au prince de Rohan que son choix serait certainement tombé sur lui s'il était arrivé plus tôt. Cette démarche faite de fort bonne grâce parut satisfaire M. de Rohan ; je crois cependant que l'humeur que lui avait causée la préférence accordée au duc de Montmorency n'a pas été étrangère à la violente hostilité qu'il a montrée depuis.
Le convoi s'étant mis en marche pour sortir du château et gagner l'église de Saint-Leu, il fut impossible de n'être pas frappé de la douleur, je dirai même pour quelquesuns, du désespoir des vieux serviteurs du prince. Rien de plus patriarcal que le gouvernement intérieur des grandes maisons des princes de la maison de Bourbon, et surtout de celle des Condé. Il n'était pas rare que certaines familles fussent dans la maison depuis sept et huit générations ; on y naissait, on y vivait, on y mourait. Les gages, les appointements n'étaient pas considérables; mais on y était soutenu, secouru, soi et les siens, pendant toute sa vie. L'émigration de 1790 avait un moment dispersé cette troupe fidèle; à la Restauration, chacun, petit et grand, était revenu en toute confiance reprendre son poste, comme on rentre chez soi. Toutes ces paisibles existences étaient bouleversées par la mort du dernier des Condé î Dans le village, il y avait un grand concours d'habitants du pays; leur affliction était touchante. Depuis de bien longues années ils avaient été comblés des bienfaits de la famille.
L'église de Saint-Leu est basse et petite ; le catafalque
en occupait la meilleure partie. La chaleur était étouffante, l'air raréfié par les nombreux cierges. La place d'honneur que j'occupais auprès du catafalque, entre deux candélabres chargés de lampes, me causa un grand malaise. Cette église de village, cette cérémonie si modeste étaient peu dignes du dernier des Condé ; mais les circonstances étaient telles qu'on devait s'estimer heureux d'avoir pu éviter un plus grand théâtre, un plus pompeux spectacle. Une grande partie du clergé était dispersée (l'archevêque do Paris se tenait encore caché). On n'avait pas à redouter les difficultés que la rigueur des lois ecclésiastiques pouvait soulever devant les circonstances de la mort, circonstances si hautement réprouvées par la religion catholique. Il valait mieux avoir affaire au curé du village, dont les dispositions n'étaient pas douteuses. Tout se passa avec simplicité et avec une grande convenance.
Outre les officiers de la maison du prince, le cortège ze composait des officiers envoyés par le Roi, des princes de sa famille, de quelques amis, parmi lesquels je remarquai M. de Vitrolles, qui dans les derniers temps voyait souvent le prince et était de la société assez intime de Mme de Feuchères. A la sortie de l'église de Saint-Leu, nous nous dirigeâmes sur Saint-Denis ; le corps devait y être déposé dans le caveau où tant des siens avaient reposé, où il allait rejoindre son père, mais où il ne devait pas retrouver son fils! Il avait demandé dans son testament à être inhumé à Vincennes auprès de lui. On avait pensé que, pour le moment du moins, l'exécution de cette volonté était impossible. Le cortège, composé de nombreuses voitures à six et à quatre chevaux, fut escorté par la garde nationale; la haie des deux côtés du corbillard fut formée pendant le reste de la route par des pompiers. Étrange escorte pour un Condé I Ce ne fut qu'aux portes de Saint- Denis que nous vîmes enfin les uniformes de l'armée française. Deux escadrons de hussards et de cuirassiers
entourèrent le cercueil. Le temps, qui avait été assez beau pendant toute la nuit, se gâta, le ciel s'obscurcit; lorsque nous descendîmes de voiture à la porte de l'abbaye, nous fûmes assaillis par un torrent de pluie qui causa un grand désordre et ajouta une tristesse nouvelle aux lugubres impressions qui pesaient sur nous. Un aumônier prononça un discours fort convenable dans lequel on remarqua cette phrase : « Il est innocent de sa mort devant Dieu. » Voulait-il dire par là que le prince ne s'était pas suicidé, ou que dans le trouble de son esprit il avait, en se tuant, agi inconsciemment? Beaucoup ont adopté le premier sens; pour moi, je suis convaincu que ce prêtre consciencieux a voulu expliquer pourquoi, malgré la doctrine de l'Église sur le suicide, on n'avait pas voulu refuser les prières elle service religieux.
Aucun des évoques chanoines n'était présent; le corps fut reçu par les chanoines de second ordre. Leur doyen répondit au discours de l'aumônier, de telle sorte qu'on ne put saisir qu'à grand'peine quelques phrases insignifiantes. Comment se défendre d'une amère tristesse devant cette scène si mesquine, alors que tout, dans ces lieux, rappelait le temps où les voûtes de cette cathédrale retentissaient de la grande voix du plus éloquent des évêques, de Bossuet, célébrant la gloire du plus grand des capitaines, celui qu'on appelle encore le Grand Condé! Beaucoup de personnes étaient venues de Paris : des maréchaux de France, des généraux, des pairs, entre lesquels le duc de Fitz-James, M. de Sémonville; mais comment ne pas s'étonner qu'il n'y eût pas un des chefs du clergé de France, pas un évèque, pas même un des évêques chanoines !
J'ai suivi le cercueil dans le caveau jusqu'à la table de marbre, sur laquelle il fut déposé. Là encore je retrouvai le douloureux contraste entre les grands souvenirs du passé et les déceptions du présent. Les caveaux de cette église dont le roi Dagobert a jeté les premiers fondements, où