CHAPITRE XIV
Procès des ministres de Charles X. — Arrestation de quelques membres du dernier cabinet de Charles X. — M. de Sal verte propose leur mise en accusation. — Arrestation de M. de Polignac; sa lettre à M. Pasquier. — Discussion sur l'étendue de pouvoirs dont devait être investie la commission d'enquête de la Chambre des députés.
— Incarcération des ex-ministres au donjon de Vincennes. — Proposition de M. de Tracv relative & la suppression de la peine de mort en matière politique. — Interrogatoire des accusés. — Présentation du rapport des députés instructeurs. — Discussion de la proposition de mise en accusation; résolution de la Chambre. — Effervescence de l'opinion publique. — Discussion de la proposition de Tracy. — Adresse de la Chambre au Roi. — Troubles dans Paris ; la foule se rend à Vincennes; faible attitude du gouvernement en face de l'émeute. — Ordre du jour de M. de La Fayette; proclamations du préfet de police et du préfet de la Seine. — La Chambre des pairs se constitue en haute cour de justice ; questions préalables. — Appel nominal des pairs. — Choix des commissaires. — M. Pasquier se rend à Vincennes pour procéder & l'interrogatoire des prévenus; attitude de ceux-ci ; leur système de défense. — Audition des témoins.
— Dépositions de MM. Laffîtte, Lobau et Gérard. — Instruction sur les incendies de Normandie. — Dernier interrogatoire de M. de Polignac. — M. de Bastard est chargé de la rédaction du rapport. — Crise ministérielle du 2 novembre 1830; mécontentement de la population; inquiétudes de la famille royale; on parle d'ajourner le procès. — Aménagement du Petit-Luxembourg pour recevoir les accusés. — Choix des officiers chargés de leur garde. — Communication du rapport de M. de Bastard aux commissaires de la Chambre des députés. — Arrêt de la Chambre des pairs relatif aux parties civiles et & la mise en accusation des ministres. — Dans des conférences tenues chez M. Pasquier, on discute sur la peine applicable.
— Précautions prises pour transférer les prisonniers de Vincennes au Luxembourg. — Ouverture des débats (15 décembre 1830). Interrogatoire des ex-ministres, dépositions de MM. de Chabrol et Courvoisier. — Deuxième audience (16 décembre). Audition des témoins. — Troisième audience (17 décembre). Suite de l'audition des témoins. — M. Pasquier reçoit de nombreux avis des dangers que court la Chambre des pairs. — Sentiments des Anglais sur le procès des ministres. — Quatrième audience (18 décembre). Discours de M. Persil, commissaire de la Chambre des députés; plaidoiries de M. de Martignac — Cinquième audience (19 décembre). Défense
de M. de Peyronnet; plaidoyers de M. Hennequin et de M. Sauzet.
— Sixième audience (20 décembre). Suite du plaidoyer de M. Sauzet
— M. Crémieux présente la défense de M. de Guernon-Ranville. — L'émeute menace le palais du Luxembourg. — Discours de M. Bérenger. — M. Pasquier se rend au Palais-Royal; il prend avec le Roi les dispositions nécessaires pour assurer la sûreté des accusés.
— Septième audience (21 décembre). Discours de M. Madier de Montjau, réplique de M. de Martignac. — M. de Montalivet ramène les ministres sains et saufs à Vincennes. — Questions posées à la Cour.
— Rédaction de l'arrêt; M. Pasquier en donne lecture à la Cour. — M. Pasquier chez M. de La Fayette. — Communication de l'arrêt aux condamnés; l'optimisme de M. de Polignac. — Le faubourg Saint-Marceau menace le Luxembourg. — M. de La Fayette et Ja garde nationale de Paris. — Modiûcations dans le ministère. — Condamnation de MM. d'Haussez, Capelle et de Monlbel. — Protestation maladroite de ce dernier.
Plusieurs membres du dernier ministère de Charles X avaient été arrêtés. MM. de Peyronnet, de Chantelauze et de Guernon-Ranville étaient à Tours, cherchant, sous des noms supposés, à gagner Bordeaux. M. de Peyronnet aurait été au moment d'être relâché, lorsqu'il fut trahi par un sieur Forest, ancien procureur général à la Cour de Bourges, qu'il avait maltraité pendant son ministère de la justice. On avait conduit le fugitif devant lui; M. de Peyronnet, avec beaucoup de présence d'esprit, lui avait dit : « Puisqu'on assure, monsieur, que vous connaissez M. de « Peyronnet, vous n'hésiterez pas, saris doute, à déclarer « que je n'ai rien de commun avec lui. » M. Forest répondit : « Vous êtes monsieur de Peyronnet. » M. de Guernon- Ranville s'était fait passer pour le domestique de M. de Chantelauze; on allait le mettre en liberté, lorsqu'un marchand colporteur qui se trouvait à Tours et qui l'avait vu en Normandie le reconnut.
Le 6 août, M. de Salverte avait déposé sur le bureau de la Chambre des députés une proposition ainsi conçue : « La Chambre des députés accuse de trahison les ministres signataires du rapport au Roi et des ordonnances du 25 juillet. » La proposition ayant été prise en considération, la Chambre nomma pour l'examiner une commission