‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 5)Chapitre 180 sur 239 · LA PEINE DE MORT EN MATIÈRE POLITIQUE · texte numérisé non relu

LA PEINE DE MORT EN MATIÈRE POLITIQUE

pendant les guerres de Vendée, au moment où son père était fusillé par les bleus, les chouans enlevaient son grand-père pour lui faire subir un sort pareil ; il concluait que les vengeances pour faits politiques entraînent toujours de terribles représailles, et que la peine de mort ne doit pas être appliquée aux crimes qui ont ce caractère.

L'adresse fut votée par 225 boules blanches contre 21 noires; le lendemain 9 octobre, le Roi répondit à la députation qui la lui présentait : « Le vœu que vous m'expri- « mez est depuis longtemps dans mon cœur. Témoin dans o mes jeunes années de l'épouvantable abus qui a été fait « de la peine de mort en matière politique, j'en ai con- « stamment et bien vivement désiré l'abolition. Le souvenir « de ce temps de désastres et les sentiments douloureux « qui m'oppressent quand j'y reporte ma pensée vous sont a un sûr garant de l'empressement que je vais mettre à « vous faire présenter un projet de loi conforme à votre « vœu. Quant au mien, il ne sera rempli que quand nous « aurons entièrement effacé de notre législation toutes les « peines et toutes les rigueurs que réprouvent l'humanité « et l'état actuel de la société. »

Après une aussi éclatante manifestation de la Chambre des députés et l'accueil fait par le Roi à l'adresse qu'on lui présentait, qui désormais pouvait penser que la Chambre des pairs userait du pouvoir discrétionnaire qui lui appartenait, pour donner en France le dernier exemple des condamnations capitales en matière de crimes politiques? Le parti avancé, les hommes qui cherchaient à perpétuer l'agitation, sentirent qu'ils allaient perdre une précieuse occasion, si on parvenait à calmer les haines qui poursuivaient les ministres de Charles X. Ils résolurent d'abord d'essayer leurs forces ; s'ils n'obtenaient pas tout ce qu'ils voulaient, ils étaient bien certains d'arracher au pouvoir quelques concessions ; ils répandirent le bruit qu'on trahissait le peuple, que, peu soucieux de tirer une juste ven- T. vi. 23

geancc du sang des citoyens répandu dans les trois journées de Juillet, on avait résolu dans les Chambres et au Palais-Royal de soustraire à la sévérité des lois les coupables, auteurs des massacres qui avaient désolé la ville de Paris. On affirmait qu'une pétition des blessés, qui avait produit un si bon effet à la Chambre, n'était qu'une misérable intrigue. On avait abusé de la faiblesse de quelques âmes sensibles, surpris de rares signatures qui ne pouvaient l'emporter sur des milliers de blessés qui réclamaient justice. Peut-être, en effet, comme il arrive souvent en pareilles circonstances, la pétition avait-elle été préparée avec peu de prudence; toujours est-il que certains journaux publièrent de nombreux démentis, et il fut bientôt établi dans le peuple et dans la garde nationale qu'il ne fallait voir dans cet acte de générosité si vanté qu'une comédie sentimentale sans valeur. En peu de jours, l'agitation devint extrême. Le 17 octobre, les groupes qui se réunissaient sur différents points de la capitale, notamment aux environs du Palais-Royal, jusque dans les cours et le jardin, commençaient à faire entendre le cri de : Mort aux ministres ! Mort à Polignac !

Les patrouilles de la garde nationale dispersaient, non sans peine, les rassemblements, mais l'obstination des manifestants était extrême; repoussés d'un côté, ils reparaissaient presque aussitôt de l'autre. Le lendemain, une bande revint encore, portant un drapeau tricolore sur lequel était écrit : Mort aux ministres! Le porte-drapeau et une partie de ceux qui l'entouraient furent arrêtés et conduits au poste le plus voisin. Des placards étaient affichés dans les rues les plus fréquentées; on réclamait la mort des ministres et on proférait contre les juges les menaces les plus révoltantes. Un homme qui avait arraché un de ces placards dans le jardin du Luxembourg fut poursuivi par une troupe ^de furieux et n'eut que le temps de se jeter dans une maison. Il s'y trouva bloqué par le flot populaire

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