PROTESTATION DE M. DE MONTBEL
Le baron (l'Haussez, le baron Capelle et M. de Monibel furent condamnés aux mêmes peines que MM. de Peyronnct, de Chantelauze et de Guernon-Ran ville. M. de Montbel, retiré à Vienne, jugea à propos de m'adresser, à la date du 21 janvier, une missive sous le titre de protestation, dans laquelle il déclinait la compétence de la Cour et déclarait illégale toute procédure instruite contre lui. Dans la lettre d'envoi au président de la Cour, lettre qui m'avait été envoyée, ainsi que le mémoire, par l'ambassadeur de France à Vienne, il demandait que sa protestation fût soumise à la Cour. Ce que ce mémoire avait de plus remarquable, c'était le soin avec lequel il détruisait tout le système de défense de ses collègues condamnés. Il avouait tout ce qu'ils avaient nié, il se glorifiait de tout ce qu'ils avaient cherché à repousser. Il ne ménageait pas M. de Polignac et reconnaissait que les mesures d'exécution avaient été insuffisantes et mal prises. C'était le seul reproche qu'on pût s'adresser quand on avait fait partie du dernier ministère de Charles X. Quant à Tordre d'arrêter les quarante journalistes contre lesquels des mandats avaient été décernés à la requête du procureur du Roi Billot, il avait été délibéré dans le conseil et transmis à qui de droit. M. Billot avait, par conséquent, rendu un faux témoignage en déclarant qu'il n'avait reçu aucun ordre des ministres, et les ministres en avaient imposé à la justice en soutenant qu'ils étaient étrangers à cette mesure. Les ministres n'étaient pas venus le mercredi à l'état-major des Tuileries pour y chercher un asile, mais pour s'y tenir assemblés et diriger de là les affaires avec plus d'activité. La liste sur laquelle se trouvaient portés les noms d'un certain nombre de personnes qui devaient être arrêtées, et parmi lesquelles étaient les députés qui se présentèrent peu après chez le maréchal Marmont, avait été délibérée dans le conseil et remise par les ministres au maréchal; celui-ci ne l'avait signée que sur leur commandement. M. de Montbel se défendait soi-
gneusement d'avoir pris aucune part au retrait de cette liste; le maréchal seul l'avait décidé. La distribution de la somme pour laquelle M. de Montbel avait délivré un bon sur le Trésor avait été arrêtée en conseil, et si ce mandat n'avait pas été depuis régularisé par le ministre qui tenait le portefeuille de la guerre, c'est parce que celui-ci n'avait eu aucun moyen de communiquer avec son ministère. Les réponses de M. de Polignac et des trois autres condamnés avaient donc été, sur tous ces points, contraires à la vérité.
M. de Montbel n'était pas plus d'accord avec les déclarations de ses collègues sur les circonstances de leur départ pour Saint-Cloud, le jeudi matin, ni sur celles qui se rattachaient aux premières délibérations qui eurent lieu chez le Roi dans cette résidence. Il résultait clairement de son mémoire que, malgré la démission donnée le jeudi par le ministère dont il faisait partie, ce ministère avait continué ses rapports avec le Roi et avait encore travaillé pour lui et avec lui pendant plusieurs jours. M. de Montbel donnait même des détails sur les différents actes auxquels lui, personnellement, avait concouru, ses fonctions n'ayant décidément pris fin que le dimanche soir à Rambouillet, lorsque le Roi, évidemment contre son avis, s'était décidé à nommer M. le duc d'Orléans lieutenant général du royaume. M. de Polignac et ses collègues avaient donc encore trompé la justice lorsqu'ils avaient dit qu'à partir du conseil où leur démission avait été donnée à Saint- Cloud le jeudi, leurs fonctions avaient complètement cessé. Cette déclaration était bien grave, puisqu'elle accusait la sincérité de tous les actes faits à Saint-Cloud par le Roi lui-même. Elle n'expliquait que trop bien les retards qui avaient été apportés dans la journée de jeudi à l'envoi du duc de Mortemart à Paris, et aussi les restrictions que le Roi et le Dauphin avaient voulu opposer aux pouvoirs qu'ils l'avaient forcé à accepter.
Je ne prétends pas discuter les assertions de M. de