‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 100 sur 275 · DÉBAT SUR LA LOI DE CENSURE · texte numérisé non relu

DÉBAT SUR LA LOI DE CENSURE

leur» départements. On affecta de comprendre qu'ils comptaient seulement prendre un congé, mais il était évident qu'ils parlaient d'une retraite absolue.

C'est dans ces dispositions que s'ouvrit le débat sur la loi de censure. La commission, dans laquelle dominait l'extrême droite, avait proposé, par l'organe du rapporteur, M. de Vaublanc, le rejet du projet; elle avait motivé cette proposition d'abord sur le calme qui régnait en France et qui ne justifiait aucune mesure d'exception, ensuite sur le tort qu'avait eu le ministère de ne pas proposer dans le cours de la session une loi répressive qui n'aurait point été contraire aux principes de la liberté et qui aurait rendu la mesure tout à fait inutile ; mais ce sur quoi cette commission avait particulièrement insisté, c'était sur le mauvais usage qui avait été fait de la censure, principalement dirigée contre les feuilles royalistes qu'on avait empêchées de publier des articles rédigés dans le meilleur esprit et dans les principes les plus religieux et les plus monarchiques. On ne pouvait douter du fait, puisque la commission avait en vain demandé au ministère de lui remettre tous les articles interdits. Il avait été facile au ministre de l'intérieur de repousser cette prétention, par la raison que lorsque la publicité a été refusée, l'article reste la propriété de son auteur, et que l'administration n'a pas le droit d'en disposer ni de le communiquer à qui que ce soit sans son consentement.

Le même grief fut, malgré cela, reproduit par tous les orateurs de la droite. Tout ce qui avait été dit sur la censure depuis quatre ans, toutes les raisons, toutes les déclamations furent reproduites de part et d'autre, avec autant de chaleur que si la question eût été traitée pour la première fois. Laissons donc ces redites, pour ne nous occuper que de ce qui peut avoir une importance politique. M. Bertin réclama la liberté de la presse ; il combattait non seulement pour sa fortune, mais encore pour son influence

politique, que la censure en se prolongeant devait affaiblir. Son opposition était toute naturelle. Le duc de Richelieu eut le tort de s'en montrer mécontent et se fit ainsi un ennemi dangereux; il eût été encore facile de le désarmer. Il n'y a rien à dire sur l'opposition de la gauche, celle-là était logique, mais l'opposition du côté droit était un des faits les plus caractéristiques de la politique du moment.

M. Josse de Beauvoir, qui jusque-là n'avait pas été hostile au ministère, reprocha au gouvernement son indulgence pour les révolutionnaires, sa faiblesse vis-à-vis d'eux et son parti pris de refuser aux journaux royalistes la permission d'exprimer leurs bons sentiments et de défendre les saines doctrines. « Cette marche indécise prouve que « le ministère, fatigué d'alliés indociles qui ne veulent « jamais faire fléchir les principes, est déjà en marche « pour chercher à gauche des auxiliaires dont le langage « est rude, mais qui sont toujours prêts à le caresser pour « l'endormir et lui ravir le pouvoir pendant son sommeil ; « il est, en cela, entraîné par sa haine contre les roya- (( listes. » « Croyez-moi, vous ne ferez pas la monarchie <( avec des partisans de la république et de l'usurpation, « vous ne maintiendrez pas les Bourbons avec les ennemis « des Bourbons. »

M. de Castelbajac fut encore plus net et plus agressif. « Ce « n'est pas une loi que vous me demandez, c'est de la concc fiance. Eh bien, l'usage que vous avez fait de la censure « dans le passé me dit l'usage que vous en ferez dans l'ave- « nir. Faite dans le seul intérêt ministériel, elle l'a été contre « les principes monarchiques, contre les véritables intérêts « du trône, delà religion et du pays; elle a favorisé la procf pagation des doctrines subversives , des principes de «c révolte, elle a étouffé les saines doctrines, arrêté l'expres- « sion de la fidélité et de l'honneur. Vous haïssez les « royalistes comme individus, vous les repoussez comme « principes. » Ici de violents murmures s'étant élevés au

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