‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 101 sur 275 · DEBAT SUR LA LOI DE CENSURE · texte numérisé non relu

DEBAT SUR LA LOI DE CENSURE

centre, M. le garde des sceaux de sa place s'écria : « Jamais, monsieur, jamais ! »

J'étais assis à côté de M. de Corbière, dont l'impassibilité au milieu de cette scène était vraiment surprenante, je ne pus m'empôcher de lui dire : « Voilà un de vos amis « qui montre en vous une confiance bien flatteuse, à en « juger par la manière dont il s'exprime sur un ministère « dont vous faites partie, qui n'a pu être si coupable sans « que vous en ayez un peu votre part. » — « Oui, répon- « dit-il entre ses dents, mais qui est-ce qui a eu de la con- « fiance en nous? Personne! »

Peut-être ai-je eu tort de ne pas aller plus loin et de ne pas provoquer sur-le-champ une explication, mais M. de Serre était monté à la tribune : « Le préopinant nous « accuse d'avoir de la haine contre les royalistes comme « individus; Messieurs, dans les circonstances les plus dif- « ficiles (ici, chacun doit parler pour soi), j'ai pu com- « mettre des fautes, mais ce qu'on ne trouvera pas dans « ma vie, c'est que j'aie poursuivie personne de ma haine, « de mon animosité. Je ne sais pas et ne veux pas savoir « si j'ai des ennemis; ce que je sais bien, c'est que je (( n'ai donné à personne le droit de dire que je suis « son ennemi. » Le reste du discours n'eut pas l'énergie et l'éloquence entraînante que M. de Serre avait montrées dans tant d'autres circonstances; on sentait qu'il ne voulait pas se compromettre avec les hommes de la droite.

Je voulus à mon tour répondre à M. de Castelbajac qui m'avait personnellement désigné dans ses harangues. Après avoir montré quelle avait été la marche du ministère, son dévouement au parti royaliste, je protestai contre les sentiments haineux qu'il nous avait prêtés : « Oui, il y « a des amitiés comme des éloignements politiques. Les « ministres apparemment n'en sont pas exempts. En ce « qui me concerne, je ne prétends nier ni les unes ni les

a autres. J'ai de réloignement pour tous les hommes qui « de quelque manière que ce soit veulent troubler la tran- « quillité de mon pays, qui désunissent les esprits quand « il faudrait les réunir. J'ai de l'éloignement, et celui-là je « l'ai souvent manifesté, pour les hommes qui cherchent à « faire revivre les passions comme les doctrines révolua tionnaires. J'en ai encore pour les hommes qui par a d'odieuses récriminations, presque toujours injustes, « toujours impolitiques, fournissent des armes et des auxi- 0 liaires à ceux que je viens de désigner. J'ai de l'éloigne- « ment pour un très petit nombre d'hommes qui vou- « draient usurper le titre de royalistes, accaparer h leur a profit exclusif des sentiments qui appartiennent à la « nation tout entière, et qui par leurs folles prétentions 0 éloignent ceux qu'il faudrait attirer. Mon éloignement va « grandissant quand je les vois s'efforcer de faire du poua voir et de l'autorité du Roi un instrument pour servir « leurs passions et leurs intérêts. J'aime et j'honore ces « royalistes constitutionnels, venus dans cette Chambre « pour y défendre les droits du trône et ceux du pays, ils « ne prétendent servir l'ambition de personne, bien con- « vaincus que la gouvernement constitutionnel ne peut « prospérer en France qu'à l'ombre du pouvoir royal, ils « le soutiennent dans toutes les occasions, le défendent « courageusement contre toutes les attaques. J'ai toujours 0 siégé au milieu d'eux, je tiens à honneur de rester avec « eux. J'aime et j'honore aussi des hommes avec lesquels « j'ai pu quelquefois être séparé d'opinion, mais avec qui « dans les moments difGciles je me suis trouvé sincère- « ment uni pour la défense de la royauté et des libertés « publiques. Vous avez le droit de penser que le Roi s'est « trompé sur mes mérites, sur ma capacité, vous n'avez a pas le droit de dire qu'il s'est trompé sur mes senti- « ments. Vous n'avez pas le droit de dire qu'il hait les a royalistes à un homme dont le père s'est associé à la

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