‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 105 sur 275 · NÉGOCIATIONS AVEC LES ROYALISTES · texte numérisé non relu

NÉGOCIATIONS AVEC LES ROYALISTES

qu'un moyen de faire sentir qu'on ne pouvait les retenir qu'en leur faisant dans le ministère une grande place, leur permettant de donner aux prétentions de leurs amis toutes les satisfactions qu'ils exigeaient impérieusement. Ne devait-on pas les rattacher d'une manière plus étroite en leur donnant dans le cabinet des situations entraînant une responsabilité mieux définie? Grâce au philosophique et patriotique désintéressement de M. Portai, ministre de la marine, on pouvait donner ce ministère à M. de Villèle. L'ombrageuse susceptibilité de M. de Corbière ne permettait pas qu'on pensât à accroître l'existence' de son collègue sans grandir la sienne en même temps. Le duc de Richelieu avait alors imaginé de détacher du ministère de l'intérieur tout ce qui avait trait aux cultes, de réunir cette partie de l'administration à celle de l'instruction publique, et de composer pour M. de Corbière un véritable ministère sous le titre de ministère des cultes et de l'instruction publique. Alors l'un et l'autre se trouveraient ministres à portefeuille. On devait croire que cette combinaison serait d'autant plus agréable au parti royaliste et au clergé, que toute influence sur les affaires ecclésiastiques serait retirée au ministre dont les opinions leur étaient les plus suspectes, M. Siméon. Ce fut donc avec pleine confiance que M. de Richelieu fit part de ces projets à MM. de Villèle et de Corbière. Quel ne fut point son étonnement lorsque M. de Villèle lui répondit que quant k lui, il serait plus que satisfait de la part qui lui était faite dans ces arrangements, mais qu'il n'en était point ainsi de son parti! Pressé de s'expliquer sur ce que ses amis exigeaient, il déclara que c'était le ministère de l'intérieur. La droite n'avait point de confiance en M. Siméon; il s'était bien conduit en 1820, on ne le niait pas, mais il était vieux, au bout de sa carrière ; rien ne semblait plus facile que de lui donner une brillante retraite. On le placerait à la Chambre des pairs, on ferait quelques avantages à son fils, auquel on donne-

rail une plus belle préfecture que celle qu'il occupait déjà, ainsi toutes les convenances seraient satisfaites. M. de Vil* lèle ajouta, pour donner plus de poids à sa déclaration, qu'elle ne venait point de son chef, qu'elle lui était impérieusement prescrite par son parti. Pour comprendre l'embarras du duc de Richelieu quand il reçut cette signification hautaine, indiquant la prétention de traiter de puissance à puissance, il faut se rappeler qu'en mars 1820, au moment de la formation du ministère, l'intérieur avait été organisé de telle sorte qu'il pût aussi souvent qu'il le jugerait utile, pénétrer sans difficulté dans tous les détails des nombreuses affaires qui y ressortissaient. Grâce à ses rapports de tous les jours, de tous les moments avec M. Mounier, il s'était occupé en effet de cette importante partie du gouvernement. Lisant chaque jour la correspondance, il pouvait ainsi apprécier la conduite de tous les préfets, de tous les administrateurs, et n'était étranger à aucune des décisions qui pouvaient être d'une réelle importance. Si M. de Villèle remplaçait M. Siméon, cette partie de l'administration, subordonnée à l'influence du président du conseil, disparaissait évidemment. M. Mounier pouvait bien remplir la place qu'il occupait auprès de M. Siméon, à qui l'âge, la réputation, les longs services donnaient un caractère assez respectable, pour qu'il fût possible à un jeune pair de France de consentir à être son subordonné, mais avec M. de Villèle tout devenait difficile et la retraite de M. Mounier était une conséquence inévitable de son arrivée au ministère de l'intérieur. D'un autre côté, le duc de Richelieu avait beaucoup de goût, peut-être même un peu de faiblesse pour M. de Villèle. Il lui trouvait une très remarquable intelligence dans les affaires, une manière simple de les envisager et de les traiter, de la modération dans les idées et dans les sentiments. Il était convaincu que livré h lui-même, dans une position indépendante, se voyant assez appuyé pour oser secouer des influences dont

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