DÉMISSION D£ MM. DE VILLÉLË ET CORBIÈRE
A cela je répondais que l'impulsion étant donnée, les nouveaux choix seraient au moins aussi prononcés dans l'opinion royaliste que l'avaient été les précédents; que pour modifier le courant il faudrait recourir à la dissolution, qu'on n'oserait pas la tenter; quant à l'espérance de former une majorité ministérielle indépendante de MM. de Yillële et de Corbière, comment la concevoir quand on né pouvait se dissimuler qu'ils étaient à la tête des plus modérés et qu'on était fondé à craindre que Monsieur n'encourageât l'opposition?
La matinée se passa dans ces conversations. Lorsqu'on se sépara, le duc de Richelieu ne dissimula pas qu'il ne s'était jamais trouvé dans une plus cruelle anxiété. En rentrant à Paris, je racontai à M. Portai tout ce qui s'était passé; il partagea mon opinion. Le lendemain matin, M. de Richelieu annonça que son parti était pris de courir tous les risques d'une rupture, qu'il ne ferait plus aucune démarche auprès de MM. de Villèle et de Corbière, qu'il leur avait fait savoir qu'ils pouvaient porter à Sa Majesté leur démission. Us se rendirent en effet à Saint^Cloud (c'était le 23 juillet), annoncèrent au Roi leur retraite et prirent congé de lui.
Le ministre de la guerre qui entra après eux dans le cabinet de Sa Majesté reçut l'ordre de retourner au plus vite à Paris donner cette nouvelle à M. de Richelieu et de lui dire en même temps, qu'il était impossible d'avoir été plus malséant que M. de Corbière dans son attitude et dans son langage. M. de Latour-Maubourg avait à peine accompli sa mission^ que ces messieurs arrivèrent chez le président du conseil. Leur visite fut courte; mais M. de Yillèle revint seul un peu plus tard, dans le but, au moins apparent, d'exprimer ses regrets au duc. Il lui dit que tout ce qui se passait était contre son gré, mais qu'il était entraîné par son intraitable collègue, dont il avait même été quelquefois embarrassé. Il se mit à raconter ce qui s'était passé
chez le Roi, comment M. de Corbière avait, du ton le plus arrogant, commencé une scène sur le peu de cas qu'on avait fait de leurs services. Il avait alors été forcé de le prendre par le bras et de l'entraîner hors du cabinet. Il était donc désespéré d'être si longtemps condamné à une telle alliance, ne demandait plus qu'une occasion de la rompre et suppliait M. de Richelieu de croire qu'il saisirait avec empressement la première circonstance pour se rejoindre à lui. Le duc fut extrêmement touché de l'abandon de cette déclaration, d'autant plus qu'elle lui donna quelque confiance et un peu d'espérance dans un meilleur avenir. Il se persuadait surtout qu'il trouverait dans ces sentiments de M. de Yillèle un élément précieux de cette majorité dont M. Mounier l'avait flatté.
Arrivé à ce point, on devait croire que tout était, au moins pour quelques mois, terminé entre le ministère et ces messieurs. Quel ne fut pas mon étonnement quand je vis le lendemain, à onze heures du matin, M. de Richelieu entrer dans mon cabinet et me dire d'un air radieux : « Eh « bien, tout est arrangé, ces messieurs restent, et aux a conditions que je leur avais d'abord proposées; seule- « ment ils demandent que si M. de Latour-Maubourg se « retire, le ministère de la guerre soit donné au duc de a Bellune. »
Cette demande était fondée sur le désir souvent exprimé par M. de Latour-Maubourg de quitter les affaires et d'obtenir pour retraite le gouvernement des Invalides devenu vacant par la mort du duc de Coigny. « Je ne vois cr pas d'inconvénient à cette dernière proposition, ajouta le a duc, le maréchal vaudra bien notre ministre de la guerre 0 actuel; il ne doit pas manquer de capacité; vous devez « vous souvenir que nous avons été fort contents, vous et a moi, du compte qu'il nous a rendu, il y a trois mois, de « la mission dont nous l'avions chargé dans le Midi, à « l'époque de l'insurrection piémontaise. Mais il y a un