‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 111 sur 275 · MÉCONTENTEMENT DES MINISTRES · texte numérisé non relu

MÉCONTENTEMENT DES MINISTRES

(f point sur lequel je me suis formellement expliqué avec « eux, il faut que vous le sachiez. Je leur ai déclaré que « rien ne pourrait me décider jamais à me séparer de vous, a qu'il fallait par conséquent me promettre qu'aucune ten- « tative dans ce but ne serait désormais faite auprès de « moi. Us en ont pris l'engagement le plus formel pour eux « et pour les leurs. »

L'aveu de cette loyale précaution révélait plus que le duc ne le voulait peut-être, tout ce qui, dans les jours précédents, avait été tenté contre moi; je témoignai à M. de Richelieu combien j'étais sensible à une si haute marque d'estime et d'attachement, mais je ne pus m'empécher de lui témoigner quelque regret qu'il eût pris à mon sujet un engagement aussi absolu, que les circonstances politiques pourraient rendre gênant. Sur l'arrangement en lui-même, d'après l'opinion qu'il avait déjà manifestée, il m'était impossible de ne pas l'approuver. Je le félicitai d'une issue aussi inespérée. M. de Richelieu me quitta pour aller communiquer cette nouvelle aux autres membres du conseil, mais excepté M. de Serre, il les trouva dans une tout autre disposition que moi. Il y avait dans le ministère un grand fond d'irritation contre MM. de Villèle et de Corbière, on avait été blessé de leur conduite et révolté de la hauteur, de la raideur de leurs prétentions. La veille, en dépit de toutes leurs inquiétudes sur l'avenir, on s'était senti heureux d'apprendre que tout arrangement avec eux était rompu et qu'on en était débarrassé. Il était très difficile que M. Siméon, qui ne pouvait ignorer avec quelle ardeur ils avaient demandé son expulsion, pût jamais siéger en confiance autour de la même table qu'eux. M. Mounier, sincèrement attaché à M. Siméon, partageait ses impressions, et M. Roy était encore plus qu'eux prononcé dans le même sens. M. Laine ne pouvait avoir été insensible au froid dédain avec lequel avait été écartée la proposition qui le concernait. Il n'y avait pas jusqu'à M. Portai qui, quelque

sincère, quelque généreux qu'eût été l'abandon de son portefeuille, ne dût se trouver fatigué et blessé d'un si long ballottage. La patience humaine a des bornes, la sienne était à bout, et il ne le dissimulait pas.

Le duc de Richelieu se heurta donc à des impressions qu'il ne soupçonnait pas. M. Siméon, qui avait trouvé simple de détacher de son ministère l'administration des cultes pour composer celui qui devait être confié à M. de Corbière, faisait des difficultés. Dans une conversation qui eut lieu dans la matinée chez M. Portai, à laquelle assistait M. Mounier, on montra clairement au président du conseil le but de la nouvelle manœuvre des royalistes. Voyant qu'ils ne pouvaient emporter le ministère de l'intérieur et s'assurer par là la grande influence sur l'administration générale du royaume, ils avaient imaginé une nouvelle tactique et voulaient compenser par le nombre des places dans le conseil la perte qu'ils faisaient sur l'importance de celles qui leur seraient données. M. de Villèle ministre de l'intérieur, et M. de Corbière ministre des cultes, n'auraient eu que leurs deux voix dans ce conseil; M. Portai, M. Roy et moi nous serions constamment tenus unis et aurions probablement conservé une grande influence auprès du duc de Richelieu. M. de Serre aurait bien pu hésiter quelquefois, mais même s'il se réunissait à eux, ils n'auraient pas eu la majorité. Dans l'arrangement contraire, MM. de Villèle, de Corbière et de Bellune contre-balançaient MM. Roy, Siméon et moi; s'ils entraînaient M. de Serre, ils partageraient le conseil et y seraient d'autant plus forts que l'éloignement de M. Portai priverait le duc de Richelieu d'un homme dont les lumières et la capacité pouvaient le servir utilement et le mettre en garde contre les pièges qui lui seraient tendus. Quant à M. Laine, ils comptaient sur le dégoût que les affaires lui inspiraient et que ne pouvait qu'accroître la fausse position dans laquelle on le laisserait.

Ils avaient à plusieurs reprises déclaré qu'ils trouvaient

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