‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 112 sur 275 · RUPTURE DU CABINET AVEC LES ROYALISTES · texte numérisé non relu

RUPTURE DU CABINET AVEC LES ROYALISTES

inconvenante la présence des secrétaires d'État aux séances du conseil. Des hommes qui n'avaient pas de responsabilité ne devaient pas, disaient-ils, participer aux délibérations. MM. Portalis, Mounier et de Rayneval avaient des opinions et des principes qu'on ne pouvait se flatter de faire fléchir au gré des intérêts du parti royaliste, ils étaient donc des obstacles qu'il fallait écarter.

Les renseignements que l'on ajouta sur la vie, sur le caractère, sur la conduite passée du maréchal de Bellune, sur ses relations, prouvèrent à M. de Richelieu combien il aurait lieu de se repentir s'il l'acceptait à la place de M. de Latour-Maubourg dont il connaissait la droiture. Il sortit donc de chez M. Portai fort ébranlé. Je ne le revis pas dans la matinée, mais quand je connus les dispositions de mes collègues, je voulus avoir avec eux une explication indispensable. Je les invitai à dîner chez moi et passai la soirée à leur démontrer la nécessité de souscrire au traité qui avait été conclu le matin. Je leur fis voir à quel point le président du conseil serait compromis si ce traité venait à se rompre, et combien ils auraient tort de prendre la responsabilité de cette rupture. J'étais arrivé sinon à les convaincre, du moins à obtenir un acquiescement résigné, quand nous vîmes arriver M. de Richelieu à dix heures, a Eh bien, messieurs, dit-il en entrant, vous pouvez main- « tenant respirer à Taise. Tout est encore une fois rompu. « MM. de Yillèle et de Corbière seront partis demain dans « la journée. »

L'étonnement fut grand, nous étions loin de prévoir ce dénouement. Voici probablement ce qui était arrivé. Je dis « probablement », car jamais le duc n'a rapporté à personne ce qui s'était passé entre lui et ces messieurs dans cette dernière rencontre. Il paraît que le matin ils n'avaient demandé le remplacement de M. de Latour-Maubourg par M. de Bellune que conditionnellement et dans le cas où le premier se retirerait; le soir, ils voulurent que le change-

ment s'opérât immédiatement. M. de Richelieu se révolta contre cette nouvelle exigence. Ce qu'il avait appris le matin l'avait peu disposé à faire des concessions. Sa réponse fut très brève : il trouvait que c'était lui mettre par trop le marché à la main. L'humeur irascible de M. de Corbière se donna alors un libre cours, 'il répliqua avec une grande vivacité. Tout fut ainsi décidé en quelques minutes : on se retrouva comme on était la veille, c'est-à-dire en complète rupture. Le duc, en apportant cette nouvelle, parut plutôt soulagé qu'affligé; elle le tirait, au moins pour quelque temps, d'une situation dont il ne pouvait se dissimuler les difûcultés. Il est inutile de dire que ce qui n'était pour lui qu'un soulagement causa à ses collègues une joie véritable. J'étais loin de partager leurs illusions, mais au point où en étaient arrivées les choses, il n'aurait servi à rien de troubler leur sécurité.

Ainsi que MM. de Yillèle et de Corbière l'avaient annoncé, ils quittèrent Paris le lendemain soir; mais M. de Yillèle (cela est important à noter) avait eu soin de revoir M. de Richelieu le matin. Il lui avait renouvelé l'expression de tous ses regrets, la protestation de tous ses sentiments. Il s'était, comme de coutume, excusé sur le caractère difficile de son collègue, et n'avait pas caché son désir ardent de trouver une bonne occasion de s'en séparer. Il semblait dire : « Gardez-moi ma place, je trouverai moyen de la « venir reprendre un peu plus tôt, un peu plus tard, car je <( veux marcher avec vous; je ne puis être bien, je ne puis « m'entendre qu'avec vous. »

Le duc de Richelieu fut charmé de ces assurances si cordiales en apparence, elles contribuèrent beaucoup à calmer les regrets qu'il avait de rompre ainsi avec un parti qu'il avait tant ménagé et dont il avait si loyalement cherché à gagner la confiance. A ces confidences, à ces protestations M. de Villèle avait ajouté un dernier avis : « Surtout, Mon- <f sieur le duc, ne vous laissez pas aller à dissoudre la

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